l’eau du robinet n’est pas un don de Dieu
RECHERCHES
Contacter Malango
Malango Mayotte Malango Mayotte dossiers environnement

SFR Mayotte
Imprimez la page pour obtenir
votre bon de réduction
ENVIRONNEMENT
L'eau à Mayotte
La production d'électricité à Mayotte
L'environnement à Mayotte
Le SIEAM : gérer l'eau sur une ile
L’eau du robinet n’est pas un don de Dieu
L'eau à Mayotte
 

LA LETTRE DE MALANGO
Recevez gratuitement l'actualité de l'Océan Indien par courriel

Votre nom :
Votre adresse email :
 
Plan du site

l’eau du robinet n’est pas un don de Dieu

Dernière modification le : Lundi 19 Février 2007 à 18:23:02.

La gestion de l'eau dans l'archipel des Comores. L'eau. LA matière sans laquelle l'Homme ne pourrait survivre. Vitale, plus que toutes autres, et dans tous les domaines : scientifique, économique, social… Et pourtant si fragile. En 2025, près de vingt pays devraient être touchés par la pénurie d'eau ; en 2050, ils seront environ 25. Pis : dans vingt ans, plus de vingt pays subiront un état de sécheresse (1). Parmi ceux-ci, nombreux sont les pays africains (lire les repères ci-contre).

les couLeurs
Au coeur de la vie locale de Petite Terre.
La Lettre de Malango
La lettre d'actualité que vous recevez dès que l'information le demande.


l’eau du robinet n’est pas un don de Dieu

LES DOSSIERS

“l’eau du robinet n’est pas un don de Dieu”

L'eau. LA matière sans laquelle l'Homme ne pourrait survivre. Vitale, plus que toutes autres, et dans tous les domaines : scientifique, économique, social… Et pourtant si fragile.
En 2025, près de vingt pays devraient être touchés par la pénurie d'eau ; en 2050, ils seront environ 25. Pis : dans vingt ans, plus de vingt pays subiront un état de sécheresse (1). Parmi ceux-ci, nombreux sont les pays africains (lire les repères ci-contre).
L'archipel des Comores ne fait pas partie de cette liste noire, mais la situation n'est guère reluisante, comme pour une bonne partie des pays du continent. Si les problèmes ne sont pas les mêmes, chacune des quatre îles connaît une situation préoccupante : manque de moyens pour la distribuer et pollution à Ndzuani et Mwali ; réserves limitées à Ngazidja et Maoré… (lire l’ensemble du dossier).
Mais le problème n'est pas là où l'on croit. Contrairement aux idées reçues (et tenaces), l'Afrique n'est pas le continent de la sécheresse ; c'est plus l'excès d'eau qui pose problème que son absence, expliquait en 2003, à l'occasion d'une conférence donnée à Saint-Dié, en France, Sylvie Brunel, de l'Université de Montpellier. Selon elle, si déficit il y a dans ce domaine, c'est plus au niveau de l'eau potable : la mauvaise qualité de l'eau est d'ailleurs le premier facteur de mortalité dans le continent. Une théorie reprise par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), selon laquelle le continent n'est pas en manque, mais peine plutôt à optimiser l'exploitation de la précieuse ressource. "Contrairement à ce que certains disent, l'Afrique sub-saharienne ne manque pas d'eau. Nous pouvons citer pour exemple le Congo, où il y a tellement d'eau et de terres cultivables qu'il pourrait nourrir tout le continent. Le problème de l'Afrique sub-saharienne est qu'elle ne maîtrise pas l'exploitation de l'eau", expliquait récemment un représentant de cette organisation.

Dans son exposé, Sylvie Brunel fait remarquer "l'absence de civilisation de l'eau" en Afrique. Contrairement à l'Asie, où l'Etat encadre et organise l'utilisation de l'eau, le continent africain n'a pas intégré ce phénomène, mis à part le Maghreb. Ainsi, moins de 10% des terres sont irriguées. "Cet échec s'explique notamment par le fait que les systèmes d'irrigation impliquent une organisation, une collaboration et l'établissement d'un réseau de distribution de l'eau, dont les Africains n'ont pas encore l'habitude. Ils privilégient en priorité les cultures qui poussent très bien avec l'eau de pluie, comme les céréales et les tubercules", résume la FAO. Autre cause de cette mauvaise utilisation du précieux liquide : la corruption qui sévit autour de sa distribution.
Cela aboutit à une insécurité sanitaire. Pourtant, rappelle S. Brunel, "les paysanneries avaient pris l'habitude de se prémunir contre les sécheresses". Mais "trois facteurs ont perturbé cette sagesse" : la démographie (forte augmentation de la population) ; l'économie (la libéralisation des filières économiques par privatisation fait qu'en cas de mauvaises récoltes les paysans quittent leurs terres) ; la politique (baisse de l'aide publique au développement et sécheresse instrumentalisée). Ce dernier point est essentiel : en effet, rappelle l'universitaire française, "la sécheresse sert souvent de prétexte pour mobiliser l'aide internationale en urgence".

Cette situation est d'autant plus préoccupante que, comme l'indique Sunita Narain, une Indienne qui travaille dans le monde associatif, "l'eau est la clé pour confronter le double défi de la pauvreté et de la croissance". En effet, l'enjeu de l'eau n'est pas que sanitaire et humanitaire, il est aussi économique. Car comme le prouve le reportage de Kokouvi Eklou en page 12, quand l'eau coule, elle peut rapporter gros aux communautés villageoises. RC

(1) Sources : Population Action International ; World Ressources Institute.

Repères

Pays africains qui devraient subir la sécheresse en 2025 : le Maroc, le Sahara occidental, l'Algérie, l'Egypte, la Libye, la Tunisie au Maghreb, l'Ethiopie, la Somalie, le Kenya dans la corne, le Burkina Faso à l'ouest, le Rwanda et le Burundi, le Malawi et le Mozambique

Pays africains qui devraient connaître une pénurie d’eau (de 1.000 à 1.700 m3 d'eau par an par habitant) en
2025 : le Togo, le Nigeria, le Niger, l'Ouganda, la Tanzanie et l'Afrique du Sud

Selon la FAO, “seules deux régions africaines manquent réellement d'eau” : le Sahara et la Namibie. Le Mozambique pâtit également de précipitations irrégulières.
A l'inverse, le Cameroun subit lui… un excédent d'eau.


Anjouan

Des comités face à l’urgence

“99% de l'eau est polluée”, affirme un spécialiste. Des comités villageois veulent lutter contre ce fléau.

Salim Ayouba, lors d’une conférence à Mutsamudu, en juillet dernier.

La typhoïde, le choléra, le palu… Nous buvons des maladies." Le constat de Salim Ayouba, chargé des affaires techniques et sociales au sein de l'UCEA (Union des comités de l'eau d'Anjouan) est sans appel. "L'eau tue !" ajoute-t-il immédiatement, comme pour amplifier le côté dramatique de son exposé. "Tous nos cours d'eau sont contaminés, il n'y a pas de traitement, les sources sont à ciel ouvert…" énumère-t-il. "La loi sur l'eau prévoit que les sources de captage doivent être protégées en trois périmètres, mais cela n'existe pas. Les sites de captage ne sont pas protégés". Un inventaire au goût amer, pour cet homme qui, avec d'autres, tente tant bien que mal de résoudre le problème de l'eau à Anjouan, via les comités de villages. Au nombre d'une trentaine dans l'île, parmi lesquels une demi-douzaine "sont très actifs" indique Nicolas Moreau, de l'Organisation non gouvernementale (ONG) Initiative développement (ID), ces comités fonctionnent par village, ou par quartier. Leur mission : organiser la distribution de l'eau, ce qui implique la gestion des réseaux, la lutte contre la pollution, le paiement des charges… Un rôle essentiel au vu de la situation actuelle : "99% de l'eau est contaminée ici, surtout par des matières fécales", affirme Nicolas Moreau. A Pomoni, sur la côte ouest, cette pollution serait même à l'origine de problèmes de santé chez les enfants. "Ils ne grandissent pas. Et quand on les envoie dans un autre village, là, ils retrouvent une croissance normale", assure un membre de l'UCEA. N. Moreau confirme : "L'eau de Pomoni est l'une des plus polluées de l'île."
"Depuis 2004", continue Salim Ayouba, "il existe trois périmètres de protection autour des lieux de captage à Anjouan" afin de préserver la qualité de l'eau. "Mais ils ne sont pas respectés. Les gens font leur lessive ou leurs besoins dans la rivière, les agriculteurs amènent leurs zébus là où se trouve la source…" L'incivilité est ainsi l'une des causes de la pollution actuelle. C'est face à ce fléau que les comités de villages se proposent d'agir : "On pourrait infliger des amendes, surveiller les zones sensibles", imaginent les responsables de l' UCEA. "Mais pour cela, il faut de l'argent".
Un manque de moyens d'autant plus dommageable que les réseaux de distribution existent, ce qui n'est pas donné à tout le monde. "Sur 88 villages, quasiment tous ont un réseau qui achemine l'eau depuis la source", indique N. Moreau. "Seuls trois ou quatre n'ont rien." Un héritage de la colonisation qui n'a pas été entretenu. "Sous la colonisation, c’était l'Etat qui finançait l'adduction de l'eau, mais aussi les plombiers qui réparaient les réseaux, bref qui assumaient la gérance ; puis cela a continué après l'indépendance", indique Salim Ayouba. "Mais dans les années 90, le programme d'ajustement structurel de la Banque Mondiale et du FMI a licencié tous ces plombiers qui étaient encore payés par l'Etat. Depuis, on n'a plus les moyens d'entretenir ces réseaux". Qualifiés par N. Moreau de "très vétustes", ces réseaux sont réparés… avec des chambres à air.

En attendant la construction d'un système de traitement collectif, et devant l'urgence de la situation sanitaire, "le meilleur moyen c'est de désinfecter l'eau", indique N. Moreau. Un traitement qui se fait "à la maison, en faisant bouillir l'eau ou en la chlorant". Problème : peu d'Anjouanais respectent ces mesures.
La situation est d'autant plus alarmante qu'outre la mauvaise qualité de l'eau, sa quantité commence à inquiéter. Il y a quelques années, Anjouan n'avait pas de souci à se faire : "Il y avait beaucoup de rivières, un système gravitaire avec des tuyaux de montagne qui arrivent en ville, et deux nappes aquifères, à Sima et dans le Niumakele", résume S. Ayouba. Aujourd'hui, les deux nappes sont toujours là, mais plus les rivières, taries par la déforestation. "En 40 ans, trente rivières ont disparu", affirme l'UCEA. "Aujourd'hui, il ne reste que dix rivières, dont quatre se jettent dans la mer". Résultat : "On n'arrive plus à satisfaire les besoins en eau de la population", analyse Salim Ayouba. "Dans le Niumakele, où la densité est de 800 habitants/km² et où l'on vit de l'agriculture, où on a donc besoin d'eau, on a dû interdire les prises privées. Les gens sont obligés d'aller chercher de l'eau dans les bornes fontaine."

C'est pour tenter de régler ces innombrables problèmes que les comités de villages et l'UCEA ont vu le jour. De même, une charte de l'eau a été rédigée en 2004, afin de réglementer la situation, histoire d’éviter "que chacun fasse comme il veut", argumente Nicolas Moreau. "C'est pour ça que sont nés les comités villageois de gestion de l'eau, qui sont des structures communautaires". Mais selon lui, une réglementation "n'aura aucun effet si la population n'est pas sensibilisée". Or actuellement, "la gestion communautaire est limitée, tout le monde ne s'implique pas".
Selon l'UCEA, la meilleure des sensibilisations serait de faire payer l'eau. "L'un des problèmes, c'est la gratuité", analyse Salim Ayouba. "L'Anjouanais a tendance à croire que ce qui est gratuit n'a pas de valeur, donc il gaspille. Il faut lutter contre cette mentalité. L'eau du robinet n'est pas un don de Dieu, c'est une matière première qui subit beaucoup de transformations." Pour réparer, nettoyer, vérifier le réseau, pour développer des projets, mais aussi pour impliquer la population, le paiement semble urgent. D'ailleurs, certains comités l'ont déjà expérimenté -avec plus ou moins de bonheur. Restent deux inconnues : sur quelles bases fixer le prix de l'eau ? et surtout, les gens pourront-ils payer ce prix ?

RC

Dans le Niumakele, le robinet “qui coule” est rare

A Maniasini, le comité de l’eau tente d’agir... mais la population ne suit pas.

Dans pas mal de villages comme à Maniasini, la rivière est le seul moyen de se procurer l’or blanc

Maniasini, au sud de Anjouan, à la porte du grand Niumakele. Il est 16 heures. Les villageois rentrent des champs chargés de fagots et produits agricoles qui composeront le maigre repas de la soirée ; le gros de la récolte ira au marché de Domoni le lendemain.
Mariama, femme de ménage, vient de passer quatre jours sans voir une goutte d'eau tomber du robinet de la fontaine publique du village. "Ici, c'est tous les cinq jours que les robinets coulent pour deux à trois heures maximum", raconte-t-elle. "En période de sécheresse, comme c'est le cas maintenant, on a du mal à s'approvisionner en eau. Je suis obligée d'aller au village voisin pour aller prendre l'eau de la rivière".
L'eau est ailleurs, à quelques kilomètres ; et pourtant, Maniasini, village agricole qui produit un peu de tout et dont les bêtes donnent du lait en aurait bien besoin ici. Deux réseaux d'approvisionnement en eau ont bien été mis en place, mais l'équation n'a pas été résolue pour autant.

Le village est desservi par deux captages, celui de Hamkoko qui alimente Maniasini, et celui de Hada qui va jusqu'à Mrémani. Ce premier réseau, vétuste, ne suffit pas. "On peut faire une à deux semaines sans eau", nous dit Chamsidine Houmadi, un agent de mairie de Maniasini. Et d'ajouter : "Nous avons installé le captage de Hassoudja en 2002. Il a résolu une partie du problème car il permet au village d'être alimenté tous les trois jours". Cette situation de crise de l'or blanc a poussé les villageois à s'organiser en créant un comité de l'eau. Sa trésorière, Daîbadji Omar, se souvient : "Nous avons mené des recherches dans la zone et nous avons repéré le site de Maweju, où l'eau est abondante d'après les techniciens. Ce captage peut assurer la distribution du village sans problème. Nous avons réuni le village pour étudier les voies et moyens pour faire venir l'eau au village. Aujourd'hui, chaque ménage cotise 500 fc (1 euro, ndlr) pour financer l'adduction. Nous comptons aussi sur l'aide de l'Union des comités de l'eau d'Anjouan (UCEA, ndlr). Le village s'accroît et la demande ne s'est pas améliorée. Les cotisations ne suffiront pas. Mais on compte sur toutes les bonnes volontés". Cette rareté de l'eau a aussi poussé les éleveurs de la région à mettre en place pour les zébus un abreuvoir et un robinet situés devant une petite source, non loin du village. Désormais, les animaux et les jardins ne manquent plus d'eau.

Mais le temps n'aide pas ces initiatives, l'engouement s'amenuise. Les cotisations ne sont plus régulières, la crise que subit l'économie du pays se répercute aussi chez les paysans. "Le girofle, la vanille… ne s'achètent plus comme avant. Le comité lui aussi à besoin de renforts car il s'est vidé de ses membres, qui sont partis vers Mayotte ou vers d'autres horizons, loin du village. Sur une dizaine de membres au démarrage, le comité en compte aujourd'hui cinq", se désole Daîbadji. Elle craint l'abandon total du projet. Elle s'inquiète aussi "de la régression des cotisations". En un an et demi, elle n'a encaissé que 400.000 fc (800 euros environ). "Or le comité a besoin d'au moins 4.000.000 fc (8 000 euros environ, ndlr) pour réaliser ce projet".

KAY

Mohéli

des comités de gestion villageois à la peine

Quasiment tous les villages ont ou ont eu leur “projet”. Reste à rendre pérennes les installations.

A Mwali, l'eau est une affaire de programmes internationaux et d'organisations non gouvernementales (ONG), dans le labyrinthe desquels les communautés villageoises cherchent à tirer leur épingle du jeu. Aujourd'hui, la plupart des villages sont dotés d'un réseau d'adduction d'eau ou sont en passe de l'être. Reste à rendre pérennes les installations. "Le PDLC (Projet de développement local aux Comores, ndlr) a créé en 2002 et 2003 des comités de gestion", indique Adam Hamadi, chef du projet hydraulique pour le compte de la Fédération des acteurs pour le développement économique et social de l'île de Mohéli (Fadesim). "L'objectif était de former des pôles techniques dans douze villages bénéficiaires. Des formations en maintenance et en gestion comptable, des kits d'entretien leur ont été donnés. Mais les résultats n'ont pas été atteints à 100%. Le système est véritablement mis en place seulement dans quatre villages."
Envoyé à Mwali depuis peu par l'association Initiative Développement (ID), à qui la Fadesim a confié la maîtrise d'ouvrage du projet, Adam Hamadi est chargé d'aider ces comités à devenir opérationnels. Mais comme à Anjouan, la clé de la réussite passe selon lui dans le paiement de l'eau par les usagers. Encore faut-il convaincre la population… "Dans les villages, les gens avaient de l'eau depuis longtemps grâce aux projets. Ils sont habitués à l'avoir gratuitement", explique-t-il.

"Mais la pauvreté n'empêche pas une participation : la preuve, c'est que ça marche dans l'agglomération de Fomboni, où le système tarifaire existe depuis longtemps. Chaque ménage paie 1000 francs (2 euros) par trimestre à l'Association des usagers de l'eau. La tarification permet d'entretenir le réseau, d'assurer les extensions, de renouveler les conduites, de payer les ouvriers et les gestionnaires." A terme, l'Union des comités de gestion de l'eau de Mohéli (Ucem) devrait voir le jour. "On prévoit de mettre en place un système de mutualisation. Si chaque village cotise à l'Ucem, celle-ci pourra appuyer les communautés pour les problèmes qui dépassent le niveau local."
Outre l'organisation de la gestion, de nombreux problèmes techniques doivent encore être réglés. Sur les 22 villages de l'île, seul Barakani ne bénéficie d'aucune installation. Mais plusieurs communautés qui ne sont pas équipées de forages souffrent du manque d'eau pendant la sécheresse. D'autres ne parviennent pas à utiliser leur équipement pour des raisons variées. La situation est surtout critique dans la zone du Djandro, un plateau qui ne possède ni source ni rivière. Deux forages y ont été financés, mais l'installation est aujourd'hui inutilisable. L’étude était erronée.
Dernier chantier à lancer : améliorer la qualité de l'eau. "Les analyses montrent un pourcentage important de microbes", affirme Adam Hamadi. "Il faudrait un entretien régulier et éviter que les gens n'abreuvent leur cheptel avant le captage".

LG

Grande-Comore

la nappe phréatique pompée jusqu'au sel ?

Le site exploité par la Mamwe semble proche de l'épuisement. Pourtant les ressources ne manquent pas à Ngazidja.

Yahaya El-Bakri devant le forage le plus important de la Mamwe.

On nous appellera quand l'eau ne coulera pas. Mais tant que l'eau coule, nos avertissements ne sont pas écoutés. Jusqu'au jour où il faudra prendre des décisions difficiles." Le constat émane de Yahaya El-Bakri, chef de service chargé du réseau hydraulique de la Mamwe, entreprise qui distribue l’eau à Ngazidja. Jeune et volcanique, cette île est plutôt gâtée par la nature : elle est certes pauvre en rivières, mais l'eau de pluie s'infiltre abondamment dans le sol, alimentant généreusement les nappes phréatiques. Collectée en aval de son parcours sur les flancs du volcan, elle est particulièrement riche en minéraux -comme la Volvic, assure Yahaya El-Bakri. Pourtant, la Mamwe ne parvient pas à tirer parti de cette précieuse ressource. Alors qu'elle devait théoriquement étendre ses services à l'ensemble de l'île -et même au pays entier- grâce aux bénéfices de ses activités, elle n'alimente même pas les villages les plus en altitude de l'agglomération de Moroni.
La vétusté du réseau est la première responsable de la situation : 60% de l'eau pompée s'échappe des canalisations par des joints ou des tuyaux défectueux. "Et ça va en augmentant", souligne le technicien. Le système des bornes-fontaines, qui absorbe la moitié de l'eau distribuée, réduit également les recettes de la société : la consommation est facturée à l'Etat… qui ne règle pas les montants dus.
Les quelques recettes n'ayant jamais été économisées pour investir comme cela était prévu au départ, Moroni est alimentée avec un réseau qui n'a pas évolué depuis les années 70. La population, elle, est passée de 35.000 à 100.000 habitants… Trop petits, les réservoirs ne permettent pas de faire face au moindre pépin. Surtout, les analyses d'échantillons réalisées après l'éruption du Karthala, en avril dernier, ont tiré la sonnette d'alarme, révélant un taux de salinité plus élevé que la normale. Le phénomène -qui ne présente pas de danger pour les consommateurs- peut résulter de l'éruption, et serait dans ce cas passager. Mais Yahaya El-Bakri penche pour une autre hypothèse : "On est en train de bouffer l'eau douce qui flotte sur l'eau de mer dans la nappe et on se rapproche de l'interface où les deux eaux se mélangent."

Autrement dit, la nappe phréatique risque d'être épuisée dans les années à venir. Une conséquence logique du système : les deux seuls forages de la Mamwe sont installés à Vouvouni à 300 mètres l'un de l'autre, et puisent donc dans la même nappe, ou du moins dans deux nappes très proches. "On utilise très mal les ressources", regrette le chef de service. "A Maurice, ils ont 380 forages. Ngazidja en a 20, et seulement 2 pour la Mamwe." Mais aucune analyse plus poussée de la salinité n'a pour l'instant été lancée.
Un projet existe pour mettre en place un réseau "capable de tenir 20 ans" : deux forages seraient réalisés dans le sud et trois ou quatre seraient construits en hauteur, "loin des habitations". Les tubes en amiante de ciment seraient remplacés par un autre matériau. "On a découvert que l'amiante est cancérigène s'il se dépose dans les poumons. Aucun effet sur l'estomac n'a été démontré, mais il vaut mieux anticiper." Le changement de tuyaux permettrait en outre d'éliminer les pertes techniques, et donc de moins puiser dans la nappe -des économies en ressource naturelle, en énergie et en machines. Le projet, qui date de 2003, prévoit également des extensions vers les villages de l'agglomération actuellement privés d'eau courante. Le tout coûterait 2 milliards de francs comoriens (plus de 4 millions d'euros). "Mais beaucoup de projets sont déjà morts dans les papiers", constate El-Bakri, qui regrette "les changements d'équipe, chaque année, à la tête de la Mamwe".
Selon lui, le statut même de l'entreprise, établissement public à caractère industriel et commercial, constitue également un handicap pour bénéficier d'investissements. "Son caractère commercial ne permet pas aux bailleurs de fond de lui donner de l'argent. Ils préfèrent financer des projets communautaires gérés directement par les villages. C'est aussi pour cette raison que la Mamwe n'est présente qu'à Moroni." Une erreur d'après lui : "Les forages sont laissés à l'appréciation des communautés, ce n'est pas sécurisé, on ne sait même pas combien d'eau est extraite… En saison sèche, des villages tirent de l'eau saumâtre. Quand nous, on voit qu'il y a un problème, on n'est même pas au vingtième de salinité de ce que consomment certaines communautés en ce moment."

Mais la Mamwe n'a pour l'instant pas grand-chose à proposer à ces villages : elle fait déjà difficilement face aux enjeux de l'approvisionnement de Moroni. "Des solutions ont été proposées mais n'ont provoqué pour l'instant aucune réaction", annonce Yahaya El-Bakri. "Cela risque de nous amener un jour à une situation chaotique. Pourtant l'activité peut générer des bénéfices et est liée à la vie. Elle doit donc être pérenne et durable."

Lisa Giachino

Citernes : opération couverture

Dans les régions proches du Karthala, les réservoirs ont été contaminés par des poussières acides lors de la dernière éruption.

Le 16 avril 2005, l'éruption du Karthala a fabriqué des poussières acides qui ont rendue dangereuse à la consommation l'eau recueillie dans le secteur. "Ça faisait comme du ciment dans les citernes", indique Saandi Maoulida, administrateur du projet. Habitués à stocker l'eau de pluie dans des citernes comme la majorité de la population de l'île, les habitants de la zone se sont retrouvés démunis. Financé par l'Union européenne, un projet exécuté par l'Unicef vise actuellement à approvisionner en eau 36 villages de Domba, du Oichili et de Dimani, les régions les plus touchées, et à organiser le nettoyage et la couverture de 720 citernes par de la tôle ou du béton. Des réservoirs communautaires ou accessibles à l'ensemble de la population ont été choisis pour l'opération. Pour éviter d'autres contaminations, des rigoles avec un système de fermeture ou des gouttières amovibles sont proposées, afin que les usagers puissent empêcher une eau sale de pénétrer dans la citerne. Mais pour être efficace, le dispositif demande une surveillance attentive. Une campagne de sensibilisation est donc également menée sur l'utilisation quotidienne des citernes. "Dans certains villages, chacun amène son seau pour puiser, et le seau n'est pas forcément propre", explique Saandi Maoulida. "En saison sèche, quand les réserves diminuent, les débris sont concentrés dans une faible quantité d'eau. Cela peut donner des diarrhées aux enfants. Il faut que les gens apprennent à surveiller les citernes."
Le matériel pour la couverture est actuellement distribué dans les villages. Les habitants l'installeront eux-mêmes avec l'aide de techniciens. Le projet se poursuit jusqu'au mois d'octobre.

LG

Mayotte

Forer pour éviter de dessaler

Les ressources de l'île sont limitées alors que la consommation a beaucoup augmenté. Mais le Sieam veut éviter de dessaler l'eau de mer, un procédé très coûteux.

Au bureau du BRGM, en charge de trouver les lieux à forer.

Avec son réseau qui distribue de l'eau potable traitée dans toute l'île, Maoré ne connaît pas les problèmes d'organisation et de vétusté des équipements de ses voisines. L'ensemble du système est géré par le Syndicat intercommunal d'eau et d'assainissement de Mayotte (Sieam), qui rassemble des représentants des communes. Le Sieam n'exploite pas le réseau directement mais sous-traite l'utilisation et l'entretien des installations ainsi que la commercialisation de l'eau à l'entreprise Sogea. L'eau est d'ailleurs payante pour tous : même les robinets des bornes-fontaines publiques ont besoin d'une carte pour couler. Le système a ses exclus -ceux qui ne peuvent pas payer utilisent l'eau des rivières, souvent au détriment de leur santé et de l'environnement- mais il fonctionne. Au risque de finir par épuiser les ressources de l'île…
Avec 100 litres d'eau potable environ consommés par habitant et par jour (contre 150 litres en France hexagonale) et une hausse démographique importante, Maoré a en effet suscité l'inquiétude des responsables du Sieam, qui voyaient venir le moment où l'on serait obligé de dessaler l'eau de mer en quantité importante. "Le développement économique de l'île, l'industrie font que la demande en eau augmente", indique-t-on ainsi au Bureau de recherche géologique et minière (BRGM).

De grands changements dans le mode de vie des Mahorais laissaient également prévoir une forte augmentation de la consommation d'eau potable dans les années à venir. "C'est une modification sociale importante", expliquait en 2004 Philippe Jussiak, directeur technique du Sieam. "Avec les maisons en dur, les ménages se sont équipés en sanitaires, certains en machines à laver. Avant on comptait l'eau en volume, au seau. Maintenant c'est au débit : on fait couler le robinet." Plus vieille que Ngazidja, Maoré est dotée de sols où l'eau s'infiltre difficilement, et où les nappes phréatiques sont donc moins bien alimentées.
La situation semble cependant moins critique aujourd'hui. "Les chiffres des besoins en eau sont en train de se tasser", affirme Philippe Jussiak. "Les prévisions annonçaient une augmentation de 10%, mais cette année on a observé un tassement des besoins."
La multiplication des points d'adduction d'eau permet également de faire face à l'avenir plus sereinement. "Nous avons une capacité de production de 30 000 m3 par jour, alors que les demandes sont de 18 000 m3 par jour", explique le directeur technique. "En terme d'outil de production on a de la marge. Mais il ne faut pas cesser de produire pour autant, car on n'est pas à l'abri d'une sécheresse. Pour cela on vient de mettre trois forages au nord de l'île en appui à celui de Bouyouni. Deux forages sont prévus à Mtsangamouji, deux autres à Miréréni Combani."

Outre les forages, le Sieam utilise les retenues collinaires -sortes de petits lacs artificiels qui permettent de stocker l'eau de pluie-, des sources ou rivières… et la mer, qui fournissait en 2004 6 à 7% de l'eau distribuée. Petite Terre est en effet alimentée par l'usine de dessalement de Pamandzi, et par de l'eau acheminée de Grande Terre par conduits sous-marins. Mais la population n'apprécie pas cette eau dans laquelle on supprime tous les minéraux pour en ajouter ensuite artificiellement. Sans compter que le dessalement coûte très cher : "Un forage à équiper (équipement et installation comprises, ndlr) coûte à peu près 50 000 euros (24.600.000 francs comoriens, ndlr), alors qu'une usine de dessalement, pour une capacité de production deux fois supérieure au forage de Kwalé vaut 30 millions d'euros (1,4 milliards fc environ, ndlr)", souligne Philippe Jussiak. "Cela ne va pas dans le sens du développement durable à Mayotte." Les forages sont donc privilégiés, d'autant plus que l'eau qu'ils fournissent nécessite très peu de traitements avant la consommation. "Si on privilégie cette ressource, on est gagnant et puis ça pourrait faire du bien au portefeuille des usagers."
Une eau moins chère pourrait d'ailleurs avoir des conséquences positives pour l'environnement, en permettant aux familles modestes de laver leur linge chez elles, et non dans des rivières polluées par la lessive.

ND et LG

Quand l’eau coule, elle peut rapporter gros

Bien gérées, les infrastructures hydrauliques facilitent la vie des populations. L’exemple au Bénin.

La République du bénin, ancienne colonie française sous le nom de Dahomey, est indépendante depuis 1960.
Superficie : 112 622 km²
Climat : au sud, sub-équatorial tempéré avec quatre saisons ; au nord climat plus chaud et sec.
Population : 6,6 millions
Densité : 57 hab./km²

Peint en ocre rose, le siège de l'Association des usagers de l'eau (AUE) de Ouègbo Gare-Coly, au nord de Cotonou, se détache des hangars du marché environnant. Bâti en 2001, ce bâtiment qui comprend une salle de réunion de 180 places, un magasin et des bureaux, fait la fierté des populations. Il est le signe visible de la bonne gestion de leur réseau d'adduction d'eau potable. Celui-ci a été construit en 1990, au lendemain d'une épidémie de choléra. Dans cette localité rurale, il n'y avait jusqu'alors que des citernes et des puits traditionnels aux eaux souillées. Le réseau comprend un forage et une pompe qui monte l'eau dans un château d'eau. Ce dernier réexpédie le précieux liquide dans les canalisations. Une soixantaine d'abonnés privés ainsi qu'une vingtaine de bornes-fontaines gérées par des particuliers qui revendent l'eau aux populations y sont branchés.
"C'est avec les recettes de la vente d'eau que nous avons construit ce siège estimé à 12 millions de francs cfa (plus de 18 290 euros, près de 9 millions de francs comoriens, ndlr)", confie Théodore Amousou, responsable d'exploitation de l'ouvrage. "L'AUE de Ouègbo Gare-Colly est un exemple de réussite dans la gestion des ouvrages mis à la disposition des communautés par l'État", remarque Élie Gangnido Gai, de la Direction de l'hydraulique (DH). Selon cette direction, qui ne dispose cependant pas de statistiques précises, elle n'est pas la seule à bien gérer ses infrastructures.
Dans les années 90, 12 000 pompes manuelles, adductions d'eau, forages et bornes-fontaines ont été installés par l'État béninois pour faciliter l'accès des populations à l'eau potable. Financées à hauteur de 90 à 95 % de leur budget par celui-ci, le reste étant pris en charge par les bénéficiaires, ces infrastructures ont permis d'augmenter de plus de 30 % le taux de couverture en hydraulique rurale du pays depuis le début des années 90. Il était estimé à 39 % en 2004.
La gestion de ces ouvrages, au niveau local, relève des AUE. L'assemblée générale de chaque agence est composée des représentants de tous les usagers de l'eau de la localité qui élisent un comité directeur. Elle collabore avec un exploitant recruté par un cabinet d'étude commis par la DH, chargé de veiller à l'entretien du réseau, de collecter les recettes des fontainiers et de les reverser au comité directeur. Ce dernier les utilise pour financer la maintenance et les travaux d'extension du réseau. À la fin de chaque exercice, l'AG décide de l'usage des bénéfices réalisés.

L'AG vérifie le travail du comité directeur qui contrôle l'exploitant ; lequel, à son tour, veille au paiement régulier des factures par les fontainiers. Cette transparence dans la gestion entraîne l'augmentation des recettes sans pénaliser les usagers. A Ouègbo Gare-Coly, le prix de la bassine de 33 litres a été divisé par plus de dix : 250 Fcfa (0,38 euros, 187 fc) avant 1990, 20 Fcfa aujourd'hui ! Avec les bénéfices réalisés, l'association apporte une aide annuelle de 1,2 million de Fcfa (environ 1 830 euros, 900 360 fc) à la mairie, finance la construction de modules de classes, de centres de santé et "aide les communautés à payer leur contribution aux initiatives de développement prises par certains organismes", témoigne Théodore Amoussou.
Ces exemples de réussite sont toutefois peu nombreux. Selon la DH, la plupart des AUE ont mal fonctionné. Les cas de détournement de fonds, de factures impayées et de mauvais entretien des infrastructures sont légion. Une contre-performance due à "la mauvaise formation et à la moralité douteuse de ceux qui sont chargés de la gestion", estime Dieudonné Faton, chef service de l'hydraulique des départements de l'Atlantique et du Littoral. Du coup, l'État envisage de "rompre avec la gestion communautaire en confiant le travail à des opérateurs privés".
Une perspective qui enchante peu les AUE performantes. "Cette mesure, si elle est appliquée, pourrait entraîner la hausse des prix de l'eau", craint Joseph Azonmasso, chef d'arrondissement de Houègbo. "Avec l'avènement de la décentralisation, l'adduction d'eau est devenue un patrimoine de la communauté rurale et l'État ne doit plus s'immiscer dans sa gestion."

Kokouvi Eklou (Syfia International)