La production d'électricité à Mayotte
Electricité : des idées pour limiter l'importation
de pétrole |
Pendant longtemps, les îles de la région ont basé
leur production d'électricité sur le pétrole, et rien d'autre.
Mais les considérations écologiques - risques de naufrage comme
ce qui s'est passé en France avec l'Erika, dégazages en pleine
mer, pollution de Patmosphère par la combustion du pétrole - ainsi
que l'augmentation du prix de l'or noir, poussent à réfléchir
à des alternatives au tout pétrole. Outre la maîtrise de
la consommation d'électricité, les énergies renouvelables
sont une solution. A Maurice voilà plus de dix ans que la bagasse et
le soleil permettent de limiter l'importation d'hydrocarbures. A Madagascar,
la Réunion, les Comores, on commence à étudier les possibilités
qui s'offrent dans chacune des îles,
Jusqu'ici en retrait, Mayotte aussi s'ouvre aux voies alternatives. Une approche
encore trop timide, qui pourrait se développer dans les années
à venir, afin de limiter la dépendance aux hydrocarbures tout
en répondant à la croissance êconomique. Le vent, mais aussi
le soleil, le bîogaz, le charbon sont des possibilités.
L'électricité à Mayotte : une arrivée
récente.
1977. L'électricité est récente à Mayotte.
C'est en 1977 que la première centrale électrique volt
le jour, en Petite Terre. Mamoudzou West électrifiée qu'en
1978, avec la mise en service de la centrale de Kawênî.
La première ligne moyenne tension est réalisée
en 1985 : elle permet d'alimenter la commune de Koungou.
1987. La deuxième étape importante débute
en 1987 avec la mise en service de l'actuelle centrale de production des
Badamim et de la liaison sous-marine reliant Petite à Grande Terre.
La construction du réseau de distribution couvrent l'ensemble du
territoire débute en 1990. Le dernier village a être électrifié
est Choungui, en 1993.
En 2002, EDM a produit 120.900 MWh. En 2010, cette production
pourrait atteindre plus de 500. 000 MWh
100% de l'électricité consommée
à Mayotte est produite par la combustion d'hydrocarbures; dans
la centrale des Badamiers, qui en 2002 a consommé 29.655 m3 de
combustible.
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D'énormes tankers remplis de pétrole
qui, jour après jour, traversent le lagon pour rejoindre les Badamiers
ou Longoni. Et risquent de s'èchouer... Un accident et voilà
que l'un deux chavire, déversant dans sa mort lente des milliers
de mètres cube d'hydrocarbures, tuant poissons et coraux, défigurant
côtes et barrière de corail. Nous n'en sommes pas encore
là, mais, cette vision d'un cauchemar vécu récemment
par les Bretons et les Basques - avec l'Erika et le Prestige - n'est pas
impensable à Mayotte. Au contraire.
Depuis 20 ans, l'île connaît une croissance
économique exceptionnelle et donc de sa consommation d'électiricité,
"Pendant longtemps, elle a été de 15 à 20% par
an", indique Denis Girard, directeur d'Electricité de Mayotte
(EDM). '"Aujourd'hui elle varie entre 9 et 12 % Cela reste très
élevé, comparé aux taux de la métropole (1%)
ou des Dom (4 à 5%)". Or, qui dît croissance économique
dît obligatoirement augmentation de la consommation d'électricité
: ces deux domaines sont intimement liés.
En moins de trente ans, EDM est ainsi passé de
150 à près de 30.000 clients. Sa production a sans cesse
augmenté. En 2004, l'entreprise a produit 122 Gw contre seulement
77 voilà à peine quatre ans (+58 %). En 1985, elle produisait
au plus fort de la demande dans la joumée, 1.550 MW ; aujourd'hui,
elle fournit 24.500 Mw toujours au plus fort de la demande... Et ce n'est
pas fini. Car si "à un moment donné ce développement
va ralentir", comme l'indique M. Girard, "la croissance restera
positive". Et la consommation d'énergie continuera d'augmenter.
De quoi ravir les observateurs et les indices économiques,
mais pas forcément les écologistes, En effet, 100% de l'électricité
consommée à Mayotte provient de la combustion d'hydrocarbures,
importés du Golfe, puis stockés et brûlés aux
Badamiers. Créée en 1987, cette centrale capable de produire
40 MW est pour l'instant la seule. Mais elle devrait bientôt avoir
une soeur à Longoni. "Pour répondre à la forte
croissance et donc à la demande, nous devrions avoir un nouvel
outil de production en 2007, avec une nouvelle centrale de production
à Longonî", précise Denis Girard "Cette
unité de production atteindra son apogée vers 2012-2015,
avec 30 Mw". Autremerit dît, le pétrole a encore de
belles années devant lui.
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Pourtant depuis quelques mois, une réflexion est menée
à la délégation à l'Environneinent (DE), un service
du conseil général, pour limiter I'Împortation de cet or
noir si recherché, si utile, mais aussi si cher et si dangereux. Car
outre la pollution de l'atmosphère provoquée par la oombustion
d'hydrocarbures, les risques de naufrage d'un pétrolier sont bel eet
bien présents. Ils iront même grandissants avec l'augmentation
des passages de ces bateaux dans le lagon.
"Quand il y aura 10 ou 20 tankers qui viendront tous les mois à
Mayotte, il y aura un vrai risque d'accidnt", sinquiète Mohamed
Sag directeur de la délégation à l'Environnement. En 1985,
2.000 m3 de fuel étaient importés. Un chiffre qui pourrait atteindre
les 18.000 m3 en 2008, selon la DE... -
Pour Mohamed Saïd, il convient donc de limiter cette importation.
Une limitation qui passe par de nouvelles sources de production d'énergie,
Le nucléaire et l'hydraulique à grande échelle étant
irréalisables dans une si petite Île, restent les énergies
renouvelables, pour certaines gratuites, inépuisables et non polluantes.
Y y a plusieurs possibilités à Mayotte", indique-t-il. "Une
étude réalisée récemment a permis d'avoir une idée
plus précise sur la problématique de la production d'énergies
renouvelables Nous y réfléchissons".
Mais si certaines techniques sont exploitables (éolien,
solaire, biogaz ... ), les premiers résultats de cette étude montrent
que ces énergies n'apporteront qu'une infime part des besoins de l'île.
"Il ne faut pas se leurrer", pense M. Girard, "la production
à base d'hydrocarbure représentera toujours 80 à 90% de
l'énergie produite ici. Les outils alternatifs n'auront qu'une faible
part". Des outils "à la marge". selon ce dernier, mais
qui permettraient tout de même de limiter les frais.
L'autre solution passe par une prise de conscience générale.
"Il faut arriver à maîtriser sa consommation, En matière
d'économie d'énergie, on a de grosses lacunes à Mayotte",
indique M. Said. "Certaines installations consommatrices d'énergies
comme les lampes ou la climatisation ne tiennent pas compte des nouvelles technologies
plus économes". En outre, "il n'y a pas- ici une culture de
l'économie d'énergie ". Selon lui, "il y a donc un travail
énorme à faire dam ce sens. On pourrait réduire la consommation
(le 30% si on faisait de meilleurs choix et que lotit le monde s'y mettait ".
Comment? Individuellement déjà : "Il suffit
de couper la clim' quand on quitte son bureau pour aller manger, ou aller à
une réunion ; éteindre la lumière... Dans certains bureaux,
il fait tellement froid que les gens qui y travaillent portent des pulls !",
s'indigne le délégué à I'Environnement. "On
doit donc éduquer les gens," afin qu'ils comprennent que l'électricité
est cause de pollution. Mais ce n'est pas tout: "On doit aussi faire de
meilleurs choix dans le matériel, Les climatisations collectives pour
les gros bâtiments consomment moins, mais à Mayotte la plupart
sont individuelles, Ça coûte plus cher, ça consomme plus,
et visuellement c'est moche. " Idem pour les lampes basse consommation
: elles existent mais peu de bâtiments en comptent. "Le Conseil général
a le pouvoir, s'il le veut, d'imposer de telles technologies", ajoute Mohamed
Saïd, qui assure que "les élus du Conseil général
sont conscients de ces problèmes" - pour preuve : une personne devrait
être prochainement embauchée pour traiter uniquement de cette question.
Reste au "monde du privé de s'investir là-dedans".
Denis Girard, lui, est d'accord "Nous devons pousser n'os
usagers à avoir une consommation plus rationnelle ". Car les idées
pour trouver des alternatives, c'est bien, mais encore faut-il que les citoyens
sachent qu'ils ont eux-mêmes le pouvoir de changer la donne.
R.C.
Quelles énergies renouvelables à
Mayotte?
Une
étude réalisée en 20W énumère les
énergies renouvelables qui pourraient être développées
à Mayotte.
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Les énergies renouvelables
Le photovoltaïque - conversion de la lumière (chaleur) en
électricité. Un panneau capte la lumière du soleil
et la transforme en électricité. L'éolien - conversion
du vent en électricité. L'éolienne fonctionne comme
une dynamo de vélo, entraînée par une hélice
qui tourne grâce au vent, produisant ainsi de l'électricité.
La micro-hydraulique - conversion de l'eau en électricité.
En captent à travers une conduite l'eau d'une chute
vers une turbine couplée à un générateur électrique,
on peut produire Cie l'électricité. Le bois-énergie
- combustion du bois. Cela consiste en la valorisation énergétique
des sous-produits forestiers (branchages, petits bois, etc.) et industriels
(écorces, sciures, copeaux, etc.). Le biogaz - un gaz produit par
la méthanisation de la matière organique. Composé
majoritairement de méthane et de gaz carbonique, c'est un gaz combustible
qui constitue une source d'énergie renouvelable. La méthanisation
est un procédé naturel de dégradation de la matière
organique par des bactéries en l'absence d'oxygène. Elle
se produit "spontanément à l'intérieur des Installations
de stockage des déchets (décharges). |
Les éoliennes
Il y a des sites susceptibles de répondre aux
caractéristiques", explique M. Saïd, "mais il y
aura un problème de fréquence, car ici il y a du vent 6
mois dans l'année, mais les 6 autres mois il n'v en a pas; c'est
un handicap". S'il se dit déçu par les résultats
de l'étude - 'C'était un gros espoir pour nous" M.
Said croit que l'utilisation d'éoliennes est "une option envisageable".
Quatre sites pourraient accueillir des éoliennes sur terre: Handréma,
avec un potentiel de 2 à 4 MW; La Vigie (potentiel : de 1,5 à
3 MW) ; Mlîha (potentiel : de 1,5 à 3 MW) ; et Nftsamboro
(potentiel : de 5 à 12 MW). L'ensemble pourrait ainsi permettre
de produire 22 MW. "C'est énorme", indique M. Saïd.
"Si cétait toute l'année, ça serait très
bon mais avec seulement six mois de fonctionnement, on ne pourra pas se
passer de la production à base d'hydrocarbures".
Les chauffe-eau solaires
"De plus en plus de gens veulent chez eux de l'eau
chaude il faut donc développer les chauffe-eau solaires",
indique-t-on à la DE. "Les chauffe-eau électriques
sont des gros consommateurs d'énergie Or ici, les solaires peuvent
donner une eau qui peut aller jusqu'à 80 à 90 degrés,
c'est largement suffisant C'est un créneau très important,
car cela concerne les hôpitaux, les future cantines, les restaurants,
mais aussi les particuliers.
Le photovoltaïque
Le potentiel de cette technique est énorme à
Mayotte. Tout est réuni pour que ça marche bien ici",
se réjouit M. Saïd. En effet selon l'étude, la capacité
solaire du territoire est "exceptionnelle". Des unités
pourraient produire deux fois plus qu'en France, et en plus toute l'année!",
affirme le délégué, Cette technique pourrait servir
notamment à l'éclairage public. "Pour éclairer
les bâtiments, les routes, les rues, c'est possible avec le photovoltaïque.
En plus c'est moins cher : dès qu'il y a 3 ou 4 installations,
le coût d'investissement est plus faible C'est donc un créneau
à exploiter pour les communes. Il n'y a plus de raisons pour que
les communes investissent de manière aveugle: le lampadaire solaire,
la commune n'a plus rien à payer après et c'est une technique
réalisable ici C'est une économie d'énergie conséquente,
et de finances aussi, car l'éclairage public coûte très
cher, actuellement les lampadaires consomment beaucoup, il y a tout à
revoir A nous d'accompagner les communes dans leurs choix".
Le biogaz
Altemative envisagée par la délégation
mais aussi par EDM : "La combustion de biogaz, à la décharge
de Hamaha permettrait de produire 400 Kw/h", annonce M. Girard. "Il
semble qu'il y ait une bonne capacité car 60% des déchets
à Mayotte sont biodégradables", ajoute M. Sifid. Le
fonctionnement de cette technique est simple : on fait brûler les
déchets compostables, qui se transforment en biogaz, produisant
de l'énergie. "C'est possible, mais pour ça il faut
mettre en place le tri des déchets", indique toutefois M.
Saïd.
La micro-hydraulique
Relief pentu oblige, le réseau de l'eau à
Mayotte comporte une multitude de freins pour limiter la pression de l'eau.
Des petits moulins installés dans ce réseau d'eau potable,
à la place des freins, permettraient de produire de l'énergie
grâce à la puissance de l'eau. Technique récente,
elle devrait être expérimentée dans l'île en
2005 et 2006. |
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