L'ARBRE A PAIN
L'arbre à pain
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arbre de la famille des Moracées
(Arbre à pain, Figuier, Jacquier, Mûrier,
Oranger des Osages, Pippal)
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Origine
: Malaisie,
Pacifique Sud. Compte tenu de sa propagation utilitaire, son origine
exacte est mal connue. Le Capitaine William Bligh était convaincu
que l'arbre à pain, si apprécié à Tahiti,
serait d'un bon apport culinaire pour les esclaves en Amérique.
En 1797, il décide d'importer 1000 plants, à bord du
Bounty. L'équipage se plaint que l'essentiel de l'eau disponible à bord
du bateau est destiné aux plants d'arbre à pain. Cela
contribue à la mutinerie du Bounty. Le Capitaine, abandonné sur
une embarcation survit et peut renouveler le transport de plants
d'arbre à pain, en 1792.
Taille maximale : 12 m.
Port : étalé.
Feuilles : longues de 30 à 60 cm, très découpées
en lobes profonds, disposées en spirale. La feuille (comme le tronc) exsude
un liquide laiteux si on la fend.
Fleurs : unisexuées, groupées en inflorescences charnues. La
pollinisation se fait par le vent.
Fruit : c'est en fait une agglomération de plusieurs fruits.
Il est rond-oval, et mesure 10 à 30 cm de long. Sa peau, couverte
d'épines, est jaune-vert à maturité. Le fruit contient
peu de pépins. La chaire (mangeable) est la fleur qui n'a pas
fructifié.
Utilisations : son fruit, cuit, est un peu sucré. Sec,
on en fait des biscuits. De son écorce, on tirait des lanières à tresser
des vêtements. Son bois, léger et tendre, sert à fabriquer
des meubles et des canoës. La sève est efficace pour l'imperméabilisation. |
L'ARBRE A PAIN (Article paru
en 1833) |
Les
botanistes français placent cet arbre précieux dans le genre des
jaquiers (artocarpi), arbres de la famille des figuiers, dont les feuilles
sont simples, entières ou découpées, et les fleurs très
petites, incomplètes, car les fleurs mâles n'ont point de corolles,
et les autres manquent de calice. Toutes se développent sur le même
arbre, vers l'extrémité des rameaux. Les espèces de ce
genre, peu nombreuses, sont remarquables soit par leur organisation, soit par
leurs propriétés.
Le
jaquier à feuilles découpées est le véritable arbre
à pain, végétal que les voyages dans l'Océanie
ont rendu si célèbre, et qui a été l'objet d'expéditions
destinées uniquement à faire l'acquisition de quelques pieds de
cet arbre précieux pour en doter les colonies anglaises de l'ancien et
du Nouveau-Monde. Si les premiers explorateurs avaient eu le soin de mettre
quelques boutures dans des pots, de les transporter à bord de leurs vaisseaux,
et de ne pas leur épargner les arrosements, ils auraient hâté
de plusieurs années des jouissances que l'on n'a pu se procurer que beaucoup
plus tard, et à grands frais. Bougainville eût pu le porter aux
colonies françaises, et plus tard Cook aurait épargné à
l'Angleterre l'expédition malheureuse du capitaine Bligh, narrée
plus loin.
Cet
arbre s'élève à une quarantaine de pieds, sur un
tronc droit, de la grosseur du corps d'un homme ; la cime est ample,
arrondie, couvrant de son ombre un espace d'environ trente pieds de
diamètre. Le bois est jaunâtre, mou et léger. Les
feuilles sont grandes, profondément incisées de chaque
côté en sept ou neuf lobes. Les fleurs mâles et femelles
viennent sur le même rameau. Les fruits sont globuleux, plus gros
que les deux poings, raboteux à l'extérieur ; les
rugosités présentent une disposition assez régulière
en hexagones ou en pentagones mêlés de triangles ;
sous la peau, qui est épaisse, on trouve une pulpe qui, à
une certaine époque avant la maturité, est blanche, farineuse,
et un peu fibreuse ; la maturité change sa couleur et sa
consistance ; elle devient jaunâtre, succulente, ou gélatineuse.
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L'arbre à pain |
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Quelques-uns
de ces fruits sont sans noyaux ; les arbres de l'île d'Otahiti n'en
portent point d'autres ; mais dans les autres îles de l'Océanie,
on trouve des variétés plus agrestes qui contiennent encore des
noyaux anguleux, presque aussi gros que des châtaignes.
L'arbre
à pain donne ses fruits pendant huit mois consécutifs. Pour les
manger frais, on choisit le degré de maturité où la pulpe
est farineuse, état que l'on reconnaît par la couleur de l'écorce.
La préparation qu'on leur donne consiste à les couper en tranches
épaisses que l'on fait cuire sur un feu de charbons. On peut aussi les
mettre dans un four bien chaud, et les y laisser jusqu'à ce que l'écorce
commence à noircir. De quelque manière
qu'on les ait fait cuire, on ratisse la partie charbonnée, et le dedans
est blanc, tendre comme de la mie de pain frais, d'une saveur peu différente
de celle du pain de froment, avec un léger mélange de celle de
l'artichaut.
Pour
faire usage de cet aliment pendant toute l'année, les insulaires de l'Océanie
profitent du temps où les fruits sont plus abondants qu'il ne faut pour
la consommation journalière, et ils préparent avec l'excédant
une pâte qui fermente, et qui peut être conservée longtemps
sans qu'elle se corrompe. Lorsque les arbres cessent de produire du fruit, on
se contente de cette pâte que l'on fait cuire au four, et qui donne une
sorte de pain dont la saveur acide n'est pas désagréable.
L'histoire
de l'expédition anglaise pour aller chercher l'arbre à pain à
Otahiti, et le distribuer dans les colonies de la Grande-Bretagne entre les
Tropiques, mérite une mention particulière. Les relations de tous
les voyageurs, surtout celle du capitaine Cook, avaient donné la plus
haute opinion des avantages que procurait la culture de l'arbre à pain ;
les colons anglais supplièrent le gouvernement de leur procurer cet arbre
merveilleux, et leur demande fut accueillie.
Un
excellent vaisseau de 250 tonneaux fut destiné à Otahiti, sous
le commandement de M. Bligh, alors simple lieutenant, et qui parvint ensuite
jusqu'au grade d'amiral. Il avait accompagné Cook dans ses voyages, et
donné en plusieurs occasions des preuves de grands talents et d'une bravoure
à toute épreuve. L'expédition partit en 1787, et après
dix mois de navigation elle était à Otahiti. Les insulaires l'accueillirent
avec empressement ; plus de mille pieds d'arbres à pain furent mis
dans des pots et des caisses, et embarqués avec une provision d'eau suffisante
pour les arroser. Les travaux que ces approvisionnements exigeaient durèrent
cinq mois, en sorte que l'expédition ne fut prête pour le retour
qu'au commencement de 1789.
Jusque
là, tout l'avait favorisé ; mais après le départ
d'Otahiti, la trahison en fit perdre tout le fruit. Un complot formé
par la majeure partie de l'équipage, et enseveli jusqu'alors dans le
plus profond secret, éclata après vingt-deux jours de navigation :
le commandant, dont les révoltés connaissaient la bravoure, fut
saisi pendant qu'il dormait, et mis dans une chaloupe avec dix-huit compagnons
d'infortune qui lui restèrent fidèles ; les révoltés
leur laissèrent quelques instruments pour guider leur navigation, des
vivres et de l'eau pour quelques jours, un peu de vin et de rhum, et les abandonnèrent
à leur destinée, emmenant le vaisseau, qui fut bientôt hors
de vue.
Voilà
donc les dix-neuf délaissés dans une embarcation non pontée,
au milieu de l'Océan, à une distance prodigieuse de toute terre
connue ! Ils ne perdirent pas courage, et Bligh leur donnait l'exemple
d'une inébranlable fermeté, dirigeant la chaloupe, continuant
ses observations, écrivant des notes.
Après
des fatigues et des souffrances extrêmes auxquelles un seul de ces infortunés
succomba, ils arrivèrent à Ceupang, dans l'île de Timor :
ils avaient fait dans leur chaloupe une navigation de plus de 1200 lieues. Le
gouverneur hollandais les reçut avec l'intérêt que leurs
aventures et leur situation excitaient à tant de titres, et bientôt
douze d'entre eux furent en état de se rendre en Europe. Le commandant
Bligh obtint en Angleterre la justice qu'il méritait ; loin qu'on
lui imputât le mauvais succès de l'expédition, il fut promu
au grade de capitaine de vaisseau, et chargé du commandement d'une seconde
expédition plus considérable que la première, pour le même
objet.
Celle-ci
ne fut troublée par aucun événement fâcheux :
la traversée jusqu'à Otahiti ne fut que de huit mois ; au
bout de trois mois, plus de 1200 pieds d'arbre à pain étaient
à bord, et après deux ans d'absence les deux vaisseaux de l'expédition
arrivèrent en Angleterre sans avoir perdu un seul homme de leurs équipages.
Ainsi
les colons anglais sont en possession de l'arbre à pain depuis près
de quarante ans. Les espérances que cette acquisition avait fait concevoir
n'ont pas été tout à fait réalisées ;
ils comptaient sur les produits de l'arbre nouveau pour la nourriture de leurs
esclaves, mais ceux-ci préférèrent les bananes, et le bananier
peut être cultivé aussi facilement, rapporte plus tôt, et
produit davantage.
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