La flore des Comores
Une flore exubérante
En
parcourant les îles, rares seront les promeneurs qui ne seront tentés
d'herboriser, comme Jean-Jacques Rousseau, et de demander à leurs
hôtes comoriens de leur faire découvrir une flore inconnue en Europe.
Ces fleurs jaunes au parfum
suave en forme d'étoiles, poussant sur des arbres trapus aux branches
tourmentées, quelles sont-elles ? Des fleurs d'ylang-ylang, bien
sûr, présentes un peu partout aux Comores et dont on extraira une
huile essentielle pour les parfumeurs... Et ces arbres grandioses aux feuilles
d'un rouge flamboyant ? Des badamiers... Avec l'assistance d'un ami comorien
toujours empressé à satisfaire votre curiosité, vous
verrez enfin d'où provient votre cacao, car il vous cueillera une
cabosse et l'ouvrira pour extraire les fèves. Vous saurez que café
provient de petites boules rouges - les cerises - qu'on fait d'abord sécher
au soleil avant de 1es torréfier. Vous apprendrez que l'ananas ne pousse
pas sur les arbres mais comme les choux et qu'il est fort décoratif s'il
est cueilli tout jeune.
Quant à la
vanille, dont tous 1es cordons bleus en Europe possèdent quelques gousses,
c'est une liane verte, de la famille des orchidées. Dans les plantations
comoriennes on verra cette liane appréciée grimper à des
tuteurs en bois de pignon d'Inde. Aux Comores, à Madagascar et à
La Réunion, importés du Mexique il y a un siècle, les plants
de « vanilia fragrans » n’arrivaient pas à s'acclimater
dans ces îles de l'Océan Indien, car il leur manque l'insecte qui
vit en Amérique latine et assure la fécondation de la fleur en
transportant le pollen. C'est un ancien esclave noir de la Réunion, Edmond
Albius, qui découvrit les secrets de la fécondation artificielle
en introduisant un bâtonnet pour enlever les pollinies et les appliquer
sur les stigmates de la fleur de vanille.
Depuis, on applique
en grand cette méthode dans les plantations des Comores : les villageois
« marient » les fleurs de vanille par une série de manipulations
qui a pour but de féconder la plante. Au bout de six à sept mois,
les fleurs donnent des fruits allongés - appelés improprement
« gousses » - de 15 à 25 cm de longueur. Dès la récolte,
on procède à la mortification » de la vanille verte en ébouillantant
les fruits pour arrêter la végétation en détruisant
la chlorophylle. On les fait ensuite sécher, puis étuver avant
de les conserver quelques mois dans des caisses pour concentrer le
maximum de Parfum. Ensuite, les « gousses » seront triées
et calibrées puis mises en bottes destinées à la vente.
Quant aux clous de
girofle, ils se présentent sous la forme de belles baies rouges de la
taille d'une petite olive. Les villageois les cueillent et les mettent sur des
nattes au soleil qu'ils placent dans les cours, sur les toitsterrasses
ou même sur le bord des routes.
Merveilleux jardin botanique tropical, les Comores sont un enchantement
pour la vue et l'odorat. En plus de toutes ces plantes à parfum, il faut
aussi mentionner des plantes d'ornement comme les bougainvillées et les
hibiscus d'un beau rouge tirant sur le violet, des roses de porcelaine dont
le manque d'arôme est compensé par la beauté des couleurs
tendres et cireuses, des strelitzias rouges dont le nectar est bu par les oiseaux
qui en assurent la pollinisation, des arums dotés d'un curieux ergot
(spadice) et des orchidées sauvages qui poussent dans les sous-bois sur
le flanc des montagnes.
Cependant, la flore,
comme le climat des Comores, dépend à la fois de l'altitude et
de son exposition au soleil ou aux pluies, ainsi que de la qualité des
sols.
Ainsi, en arrivant
à l'aéroport d'Hahaya, le nouveau venu risque d'être déçu
de n'être pas plongé tout de suite au coeur d'une végétation
luxuriante. Patience ! Il lui faudra d'abord passer par un paysage composé
de vastes coulées de laves noires assez récentes, car elles n'ont
pas encore été colonisées par la végétation.
Tout au plus y remarquera-t-il quelques lichens et parfois des touffes de fougères-scolopendres
dans les creux. Quelques dizaines d'années encore seront nécessaires
pour que ces laves irrégulières « en gratons » soient
recouvertes par étapes d'arbustes et d'arbres.
Tout proche d'Hahaya,
en allant vers le nord, on remarquera la présence de grands baobabs ventrus
se mirant dans des flaques d'eau saumâtre alimentées par les marées.
Là se développe une autre forme de végétation caractéristique
des côtes africaines : la mangrove, constituée d'arbres et d'arbustes
qui vivent les pieds dans l'eau - les palétuviers - et dont les racines
aériennes servent de « bouchots » à de minuscules
et délicieuses petites huîtres. On trouvera la mangrove non seulement
à Ngazidja-Grande Comore, mais aussi dans les autres îles de l'archipel,
et notamment à Mayotte où elle envahit une bonne partie de la
côte orientale.
Les hauts et les bas des Comores
A l'approche
de Moroni, on pénètre dans une immense cocoteraie qui ceinture
presque toute l'île et occupe la majeure partie des autres Comores. Poussant
à l'état naturel ou plantés par l'homme, les palmiers cocotiers
donnent au paysage comorien ce cachet d'exotisme qui plaît tant aux amateurs
de soleils lointains. Ils offrent leur ombre aux belles plages de l'archipel,
ils montent à l'assaut des montagnes et des volcans mais s'arrêtent
au bord des plantations des « hauts » ou des dernières forêts
primaires d'altitude. Providence des villageois, ils n'ont guère besoin
de soins particuliers pour leur fournir des dizaines de noix, dont le lait servira
à faire des sauces, la pulpe du coco râpé pour la pâtisserie
ou du coprah pour les cosmétiques. Rien n'est perdu dans le cocotier
: son coeur est consommé ainsi que sa sève qui donne une boisson
fermentée, le « trembo ». On se sert aussi de ses palmes
pour couvrir les maisons ou, une fois tressées, pour confectionner des
nattes, des paniers et des cloisons de cases.
A l'ombre de toutes
ces cocoteraies, on verra souvent des villages entourés de leurs champs
de cultures vivrières : manioc, taro, ignames, mais, aubergines, petits
pois locaux (« ambrevades »), etc., et de leurs plantations consacrées
aux cultures de rente destinées à l'exportation : plantes aromatiques
(girofle, ylangylang, vanille) et épices (poivre, noix de muscade, cannelle).
Dans ces villages
comme dans les grandes agglomérations, les Comoriens ont planté
une large palette d'arbres fruitiers tropicaux (manguiers, frangipaniers, jaquiers,
arbres à litchis, papayers, goyaviers, tamarins, orangers, arbres à
pain, longhaniers, corossoliers, etc.) ainsi que des arbres d'agrément
comme le jacaranda, le filao, le ficus, le badamier, et autres essences de haute
taille, à l'ombrage généreux.
Autre paysage
les « hauts », c'est-à-dire les flancs du volcan Karthala en Grande Comore et ceux des autres montagnes dans le reste de l'archipel. Gagnés
sur la forêt d'altitude, les champs des « hauts » sont souvent
« sous brûlis », donnant l'impression que les anciens
volcans des Comores sont toujours en activité. Dans ces espaces défrichés
et dégagés de leurs grands arbres, les Comoriens font pousser
de la banane, du riz de montagne, du mais, des taros et des ambrevades.
Au-dessus de ces
champs des « hauts », commence le domaine de la forêt d'altitude.
Il n'en reste plus que des lambeaux au fur et à mesure que l'homme grignote
cette forêt primaire pour en utiliser les essences, comme le takamaka,
pour ses besoins en bois d'oeuvre ou de chauffage, pour y étendre ses
plantations (en commençant par les bananiers sous couvert) et ses pâturages.
Cette forêt, qui couvrait presque toute la superficie des îles,
s'est rétrécie comme une peau de chagrin et n'occupe plus que
les pentes montagneuses au-dessus de 700 à 800 m d'altitude. Heureusement,
des mesures ont été prises par les autorités pour empêcher
cette déforestation abusive en imposant aux contrevenants de lourdes
amendes.
Au-dessus de 1800-1900
m, c'està-dire uniquement sur le cratère du Kharthala, à
Ngazidja-Grande Comore, les sols se dénudent. Apparaissent alors des
landes couvertes de « branles verts » (philippia montana), grande
bruyère arborescente pouvant atteindre jusqu'à 8 mètres
de haut.
Galeries de photos : Plantes et arbres de Mayotte
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