La flore des Comores
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La flore des Comores

Dernière modification le : Mercredi 5 Novembre 2008 à 01:02:03.

Ces fleurs jaunes au parfum suave en forme d'étoiles, poussant sur des arbres trapus aux branches tourmen­tées, quelles sont-elles ? Des fleurs d'ylang-ylang, bien sûr, présentes un peu partout aux Comores et dont on extraira une huile essentielle pour les parfumeurs... Et ces arbres grandio­ses aux feuilles d'un rouge flam­boyant ?

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La flore des Comores

Une flore exubérante

En parcourant les îles, rares seront les promeneurs qui ne seront tentés d'herboriser, comme Jean-Jacques Rousseau, et de demander à leurs hôtes comoriens de leur faire découvrir une flore inconnue en Europe.

Ces fleurs jaunes au parfum suave en forme d'étoiles, poussant sur des arbres trapus aux branches tourmen­tées, quelles sont-elles ? Des fleurs d'ylang-ylang, bien sûr, présentes un peu partout aux Comores et dont on extraira une huile essentielle pour les parfumeurs... Et ces arbres grandioses aux feuilles d'un rouge flamboyant ? Des badamiers... Avec l'assistance d'un ami comorien toujours empressé à satisfaire votre curiosité, vous verrez enfin d'où provient votre cacao, car il vous cueillera une cabosse et l'ouvrira pour extraire les fèves. Vous saurez que café provient de petites boules rouges - les cerises - qu'on fait d'abord sécher au soleil avant de 1es torréfier. Vous apprendrez que l'ananas ne pousse pas sur les arbres mais comme les choux et qu'il est fort décoratif s'il est cueilli tout jeune.

Quant à la vanille, dont tous 1es cordons bleus en Europe possèdent quelques gousses, c'est une liane verte, de la famille des orchidées. Dans les plantations comoriennes on verra cette liane appréciée grimper à des tuteurs en bois de pignon d'Inde. Aux Comores, à Madagascar et à La Réunion, importés du Mexique il y a un siècle, les plants de « vanilia fragrans » n’arrivaient pas à s'acclimater dans ces îles de l'Océan Indien, car il leur manque l'insecte qui vit en Amérique latine et assure la fécondation de la fleur en transportant le pollen. C'est un ancien esclave noir de la Réunion, Edmond Albius, qui découvrit les secrets de la fécondation artificielle en introduisant un bâtonnet pour enlever les pollinies et les appliquer sur les stigmates de la fleur de vanille.

Depuis, on applique en grand cette méthode dans les plantations des Comores : les villageois « marient » les fleurs de vanille par une série de manipulations qui a pour but de féconder la plante. Au bout de six à sept mois, les fleurs donnent des fruits allongés - appelés improprement « gousses » - de 15 à 25 cm de longueur. Dès la récolte, on procède à la mortification » de la vanille verte en ébouillantant les fruits pour arrêter ­la végétation en détruisant la chlorophylle. On les fait ensuite sécher, puis étuver avant de les con­server quelques mois dans des cais­ses pour concentrer le maximum de Parfum. Ensuite, les « gousses » seront triées et calibrées puis mises en bottes destinées à la vente.

Quant aux clous de girofle, ils se présentent sous la forme de belles baies rouges de la taille d'une petite olive. Les villageois les cueillent et les mettent sur des nattes au soleil qu'ils placent dans les cours, sur les toits­terrasses ou même sur le bord des routes.

Merveilleux jardin botanique tropical, les Comores sont un enchantement pour la vue et l'odorat. En plus de toutes ces plantes à parfum, il faut aussi mentionner des plantes d'ornement comme les bougainvillées et les hibiscus d'un beau rouge tirant sur le violet, des roses de porcelaine dont le manque d'arôme est compensé par la beauté des couleurs tendres et cireuses, des strelitzias rouges dont le nectar est bu par les oiseaux qui en assurent la pollinisation, des arums dotés d'un curieux ergot (spadice) et des orchidées sauvages qui poussent dans les sous-bois sur le flanc des montagnes.

Cependant, la flore, comme le climat des Comores, dépend à la fois de l'altitude et de son exposition au soleil ou aux pluies, ainsi que de la qualité des sols.

Ainsi, en arrivant à l'aéroport d'Hahaya, le nouveau venu risque d'être déçu de n'être pas plongé tout de suite au coeur d'une végétation luxuriante. Patience ! Il lui faudra d'abord passer par un paysage composé de vastes coulées de laves noires assez récentes, car elles n'ont pas encore été colonisées par la végétation. Tout au plus y remarquera-t-il quelques lichens et parfois des touffes de fougères-scolopendres dans les creux. Quelques dizaines d'années encore seront nécessaires pour que ces laves irrégulières « en gratons » soient recouvertes par étapes d'arbustes et d'arbres.

Tout proche d'Hahaya, en allant vers le nord, on remarquera la présence de grands baobabs ventrus se mirant dans des flaques d'eau saumâtre alimentées par les marées. Là se développe une autre forme de végétation caractéristique des côtes africaines : la mangrove, constituée d'arbres et d'arbustes qui vivent les pieds dans l'eau - les palétuviers - et dont les racines aériennes servent de « bouchots » à de minuscules et délicieuses petites huîtres. On trouvera la mangrove non seulement à Ngazidja-Grande Comore, mais aussi dans les autres îles de l'archipel, et notamment à Mayotte où elle envahit une bonne partie de la côte orientale.

Les hauts et les bas des Comores

A l'approche de Moroni, on pénètre dans une immense cocoteraie qui ceinture presque toute l'île et occupe la majeure partie des autres Comores. Poussant à l'état naturel ou plantés par l'homme, les palmiers cocotiers donnent au paysage comorien ce cachet d'exotisme qui plaît tant aux amateurs de soleils lointains. Ils offrent leur ombre aux belles plages de l'archipel, ils montent à l'assaut des montagnes et des volcans mais s'arrêtent au bord des plantations des « hauts » ou des dernières forêts primaires d'altitude. Providence des villageois, ils n'ont guère besoin de soins particuliers pour leur fournir des dizaines de noix, dont le lait servira à faire des sauces, la pulpe du coco râpé pour la pâtisserie ou du coprah pour les cosmétiques. Rien n'est perdu dans le cocotier : son coeur est consommé ainsi que sa sève qui donne une boisson fermentée, le « trembo ». On se sert aussi de ses palmes pour couvrir les maisons ou, une fois tressées, pour confectionner des nattes, des paniers et des cloisons de cases.

A l'ombre de toutes ces cocoteraies, on verra souvent des villages entourés de leurs champs de cultures vivrières : manioc, taro, ignames, mais, aubergines, petits pois locaux (« ambrevades »), etc., et de leurs plantations consacrées aux cultures de rente destinées à l'exportation : plantes aromatiques (girofle, ylangylang, vanille) et épices (poivre, noix de muscade, cannelle).

Dans ces villages comme dans les grandes agglomérations, les Comoriens ont planté une large palette d'arbres fruitiers tropicaux (manguiers, frangipaniers, jaquiers, arbres à litchis, papayers, goyaviers, tamarins, orangers, arbres à pain, longhaniers, corossoliers, etc.) ainsi que des arbres d'agrément comme le jacaranda, le filao, le ficus, le badamier, et autres essences de haute taille, à l'ombrage généreux.

Autre paysage  les « hauts », c'est-à-dire les flancs du volcan Karthala en Grande Comore et ceux des autres montagnes dans le reste de l'archipel. Gagnés sur la forêt d'altitude, les champs des « hauts » sont souvent « sous brûlis », donnant l'impression  que les anciens volcans des Comores sont toujours en activité. Dans ces espaces défrichés et dégagés de leurs grands arbres, les Comoriens font pousser de la banane, du riz de montagne, du mais, des taros et des ambrevades.

Au-dessus de ces champs des « hauts », commence le domaine de la forêt d'altitude. Il n'en reste plus que des lambeaux au fur et à mesure que l'homme grignote cette forêt primaire pour en utiliser les essences, comme le takamaka, pour ses besoins en bois d'oeuvre ou de chauffage, pour y étendre ses plantations (en commençant par les bananiers sous couvert) et ses pâturages. Cette forêt, qui couvrait presque toute la superficie des îles, s'est rétrécie comme une peau de chagrin et n'occupe plus que les pentes montagneuses au-dessus de 700 à 800 m d'altitude. Heureusement, des mesures ont été prises par les autorités pour empêcher cette déforestation abusive en imposant aux contrevenants de lourdes amendes.

Au-dessus de 1800-1900 m, c'està-dire uniquement sur le cratère du Kharthala, à Ngazidja-Grande Comore, les sols se dénudent. Apparaissent alors des landes couvertes de « branles verts » (philippia montana), grande bruyère arborescente pouvant atteindre jusqu'à 8 mètres de haut.

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