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Le brassage ethnique de Mayotte

Dernière modification le : Dimanche 13 Avril 2008 à 18:36:08.

Une controverse a été soulevée par Jon Breslar (cité en référence bibliographique) sur un constat fait par Allibert (1977 : 258) selon lequel un village comme M'tsamoudou (Mayotte) qui comprend des groupes anjouanais, malgaches et mahorais indigènes est «un fait rare dans l'île où les ethnies sont aujourd'hui encore restées séparées...

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Le brassage ethnique de Mayotte

LE BRASSAGE ETHNIQUE DE MAYOTTE

Une controverse a été soulevée par Jon Breslar (cité en référence bibliographique) sur un constat fait par Allibert (1977 : 258) selon lequel un village comme M'tsamoudou (Mayotte) qui comprend des groupes anjouanais, malgaches et mahorais indigènes est «un fait rare dans l'île où les ethnies sont aujourd'hui encore restées séparées". L'ethnologue s'insurge contre cette affirmation et précise que dans la mesure où le taux de mariage entre les Comoriens, Malgaches et Africains de Mayotte est assez élevé depuis la fin du XIXè siècle, au moins un tiers des villages sont de composition tri-ethnique les mariages entre musulmans, même de groupes ethniques différents, ayant constitué « un obstacle à la perpétuation biologique de populations distinctes ". Autre précision apportée dans à peu près deux tiers des villages on parlait un dialecte bantou principal (le mahorais, l'anjouanais ou le grand comorien) ou un dialecte malgache (le sakalava, l'antalaotsi) ; dans l'autre tiers on parlait diverses combinaisons de ces dialectes. Il y a lieu de préciser que cette étude a été réalisée entre 1977 et 1978, il y a donc près de trente ans. Le parler malgache occupait alors à Mayotte une place aussi importante que le mahorais (shimaore).
Dans l'intervalle de temps, le processus de développement et l'immigration massive (en provenance des Comores) qui en a découlé, ont modifié l'ancienne répartition linguistique des villages. Et de plus, la spécificité ethnique de chacun d'eux - qui n'est pas répréhensible en soi, mais réfutée par Jon Breslar - est devenue aujourd'hui une réalité.

Les statistiques effectuées à des fins diverses en sont les indicateurs, comme elles confirment le laminage du kibushi au profit du shimaore au cours de ces dernières décennies. Le rapatriement des Comoriens de Majunga n'a pas été suffisant pour rétablir l'équilibre (il en sera question plus loin). Pour illustrer ce point de vue, considérons la répartition des groupes ethniques sur deux cartes dessinées à vingt ans d'intervalle. Si l'on n'observe pas de bouleversement spectaculaire dans les localités de l'intérieur de l'île, le changement opéré dans les trois grandes villes que sont Mamoudzou (le chef-lieu) en Grande Terre, Labattoir et Pamandzi (deux communes de Petite Terre) est frappant.
- En 1978 ces trois localités sont classées dans les villages parlant les quatre dialectes.
- En 1996 ces trois pôles d'attraction sont classées dans les villages de langue comorienne. Un constat attribué aux mouvements de populations venues des Comores qui ont contribué à leur extension démographique.
Il est important aussi de signaler que les Mahorais malgachophones, les créoles résidents (parfois depuis trois ou quatre générations) et les métis ont une compétence totale ou partielle en comorien (shimaore ou shindzuani particulièrement) alors que l'inverse est rare.
Mais quelle était la configuration linguistique de l'île à l'arrivée des Français, il y a un peu plus de 150 ans ?