Le brassage ethnique de Mayotte
LE BRASSAGE ETHNIQUE DE MAYOTTE
Une controverse a été soulevée par Jon
Breslar (cité en référence bibliographique) sur un constat
fait par Allibert (1977 : 258) selon lequel un village comme M'tsamoudou
(Mayotte) qui comprend des groupes anjouanais, malgaches et mahorais indigènes
est «un fait rare dans l'île où les ethnies sont aujourd'hui
encore restées séparées". L'ethnologue s'insurge contre
cette affirmation et précise que dans la mesure où le taux de
mariage entre les Comoriens, Malgaches et Africains de Mayotte est assez élevé
depuis la fin du XIXè siècle, au moins un tiers des villages sont
de composition tri-ethnique les mariages entre musulmans, même de groupes
ethniques différents, ayant constitué « un obstacle
à la perpétuation biologique de populations distinctes ".
Autre précision apportée dans à peu près deux tiers
des villages on parlait un dialecte bantou principal (le mahorais, l'anjouanais
ou le grand comorien) ou un dialecte malgache (le sakalava, l'antalaotsi) ;
dans l'autre tiers on parlait diverses combinaisons de ces dialectes. Il y a
lieu de préciser que cette étude a été réalisée
entre 1977 et 1978, il y a donc près de trente ans. Le parler malgache
occupait alors à Mayotte une place aussi importante que le mahorais (shimaore).
Dans l'intervalle de temps, le processus de développement et l'immigration
massive (en provenance des Comores) qui en a découlé,
ont modifié l'ancienne répartition linguistique des villages.
Et de plus, la spécificité ethnique de chacun d'eux - qui n'est
pas répréhensible en soi, mais réfutée par Jon Breslar
- est devenue aujourd'hui une réalité.
Les statistiques effectuées à des fins diverses
en sont les indicateurs, comme elles confirment le laminage du kibushi au profit
du shimaore au cours de ces dernières décennies. Le rapatriement
des Comoriens de Majunga n'a pas été suffisant pour rétablir
l'équilibre (il en sera question plus loin). Pour illustrer ce point
de vue, considérons la répartition des groupes ethniques sur deux
cartes dessinées à vingt ans d'intervalle. Si l'on n'observe pas
de bouleversement spectaculaire dans les localités de l'intérieur
de l'île, le changement opéré dans les trois grandes villes
que sont Mamoudzou (le chef-lieu) en Grande Terre, Labattoir et Pamandzi (deux
communes de Petite Terre) est frappant.
- En 1978 ces trois localités sont classées dans les villages
parlant les quatre dialectes.
- En 1996 ces trois pôles d'attraction sont classées dans les villages
de langue comorienne. Un constat attribué aux mouvements de populations
venues des Comores qui ont contribué à leur extension démographique.
Il est important aussi de signaler que les Mahorais malgachophones, les créoles
résidents (parfois depuis trois ou quatre générations)
et les métis ont une compétence totale ou partielle en comorien
(shimaore ou shindzuani particulièrement) alors que l'inverse est rare.
Mais quelle était la configuration linguistique de l'île à
l'arrivée des Français, il y a un peu plus de 150 ans ?
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