Dernière modification le : Dimanche 13 Avril 2008 à 18:36:15.
Le 25 avril 1841, Andriantsoli, qui s'était accaparé de Mayotte neuf ans plus tôt, revend l'île à Passot, opérant pour le compte du roi de France Louis Philippe.
En 1832, Adrian Souli, roitelet malgache, quitte Madagascar et se
réfugie à Mayotte auprès du sultan. Il s'empare bientôt
de l'île entière. Mis en place par les troupes anjouanaises comme
gouverneur de l'île, il se proclame sultan.
Le 25 avril 1841, il signe un traité de cession de Mayotte sur laquelle
il règne. Le commandant français Passot achète Mayotte
à cet usurpateur contre une rente viagère personnelle de 1 000
piastres. La vente est entérinée par le roi de France, Louis-Philippe,
en février 1843. Passot prend possession de l'île le 13 juin
suivant. La population est alors de 3 000 habitants.
Le rapprochement franco-mahorais entraîne la perte du sultan dont la
pension convertie en boissons alcoolisées accélère la
disparition, mais établit une solide domination française qui
repose sur la toute-puissance du « résident » et la possibilité
d'utiliser les terres des indigènes si l'utilité publique l'exige.
La prise de possession permet d'évincer les rivaux allemands et français.
L'administration coloniale met souvent l'accent sur les possibilités
d'occupation des sols, compte tenu de la faible population. L'ordonnance de
1845 permet la mise en place d'une procédure d'appropriation, prévoyant
la cession de terres incultes ou présumées telles à des
planteurs en échange de leur mise en valeur. La contrainte incluse d'en
laisser une part pour des cultures vivrières et de n'employer que des
travailleurs libres est rarement respectée.
Sur la Grande Terre, la compagnie des Comores, à capitaux
essentiellement nantais, obtient la concession d'une des plus riches vallées
de Mayotte pour y cultiver la canne à sucre. Des colons réunionnais
s'y installent, des ouvriers viennent d'Europe, des Mahorais sont réintégrés
dans leurs biens. Le ravitaillement des colons est en grande partie assuré
depuis Madagascar et la Réunion.
Les débuts de la colonie s'avèrent difficiles.
L'île est insalubre. Une ordonnance royale du 9 décembre 1846 abolit
l'esclavage mais le remplace par un engagement obligatoire de 5 ans au profit
de la France, ce qui entraîne la fuite aussi bien des esclaves que de
leur propriétaires, tous se repliant dans le reste de l'archipel.
Ce n'est qu'à partir de 1858 que la population de l'île
s'accroît par le retour des Mahorais émigrés dans les autres
îles et la venue massive d'Anjouanais, de Grands Comoriens et d'Africains
recrutés par les planteurs (11 731 habitants en 1 866).
En 1860, Mayotte compte 29 concessions totalisant 10 300 hectares
soit 30 % de la Grande Terre mais peu d'entre elles sont mises en valeur. Le
but des concessionnaires européens et réunionnais est de faire
de Mayotte une île à sucre.
En 1855, Mayotte produit 285 tonnes de sucre. Dix usines sont
en activité en 1860 et chacune produit en moyenne 220 tonnes de sucre.
Les planteurs-concessionnaires sont attirés par la fertilité de
la Grande Terre, son hydrographie, l'hospitalité de ses côtes,
le nombre de ses rades, et sa situation générale sur la ligne
de la Réunion à la mer Rouge.
L'histoire récente
Mayotte prend peu à peu de l'importance. En 1875, il
y a près de 12 000 habitants sur les 65 000 de l'ensemble des Comores,
et 18 000 vingt ans plus tard.
Pourtant, à la veille du protectorat français sur les Comores
(1886-1887) les sucreries ne connaissent que des déboires. La baisse
des prix du sucre, l'accroissement des charges des propriétaires, les
fléchissement des rendements des terres, des calamités climatiques,
comme le cyclone de 1898 déterminent une crise grave. Des domaines changent
de mains, des usines ferment, les travailleurs désertent.
Après la crise de 1905, arrivent les grandes sociétés
coloniales agro-industrielles, dont la société Comores Bambao
créée en 1907. En 1908, Mayotte est rattachée aux autres
Comores déjà sous protectorat. L'archipel est sous la responsabilité
du gouvernement général de Madagascar, sans que soit supprimée
l'autonomie administrative et financière. Mais l'acte du 25 juillet 1912
proclame colonie française l'ensemble comorien et ouvre la voie à
l'assimilation de l'archipel par la Grande île. Le décret du 23
février 1914 réalise la complète absorption de la colonie
des Comores pour en faire une simple province d'une colonie malgache sous un
gouvernement indigène malgache. Les Comores sont alors soumises au travail
forcé et subissent une destruction assez brutale de leur structures socio-politiques,
ce qui explique en partie le soulèvement de 1915 en Grande Comore.
En 1945, la société Comores Bambao gère
6 000 hectares à Mayotte (25 % du sol cultivable). Devant la forte poussée
démographique et de désir des populations de cultiver des produits
vivriers, les dirigeants politiques réclament une réforme agraire.
La Société doit alors vendre une partie de ses domaines. D'autres
sociétés rivalisent avec la Bambao et surtout la Société
des plantes à parfums de Madagascar. La citronnelle se répand
lentement dans l'île. Le Cymbogopon citratus connaît une grande
période jusqu'en 1935. La concurrence des Indes et de la Chine entraîne
sa disparition vers 1970.
En même temps que la citronnelle, on cultive la vanille ; puis le sisal, par défibrage des feuilles de l'agave, servant à
fabriquer cordes de marine, sacs et ficelles d'emballage. La concurrence des
fibres synthétiques entraîne à son tour une chute rapide
des cours et l'abandon du sisal. D'autres cultures, café, cacaoyer, cannelle,
basilic violet, cocotier échouent. Lors de la consultation populaire
du 22 décembre 1974, à Mayotte, 65 % des votants refusent l'indépendance
tandis que dans les autres îles une quasi-unanimité s'exprime en
sens inverse. Après quelques hésitations, les autorités
françaises décident par la loi du 3 juillet 1975 que Mayotte pourra
rester dans le giron de la République si elle le souhaite. Malgré
l'indépendance des autres îles comoriennes, proclamées unilatéralement
le 6 juillet 1975, Mayotte reste française. Mais Paris n'a pas renoncé
à convaincre les Mahorais de se rallier à l'État comorien.
Le 8 février 1976, la population mahoraise est invitée à
se prononcer sur une réintégration aux Comores : ce que refusent
la quasi-unanimité des votants qui tiennent à bénéficier
des nombreux avantages accordés par la métropole.
Après le référendum de 1976 où
les Mahorais rappellent leur voeu de rester Français, la France érige
l'île en « collectivité
territoriale », qui n'est ni un DOM ni un TOM mais compte un statut
hybride qui lui donne une forme quasi départementale (préfet,
Conseil général, communes) mais où les lois ne s'appliquent
que sur « mention expresse ». Mayotte fait partie de ces petits
territoires encore français dans le monde, les « confettis de l'empire
», comme les appelait Hélène Carrière d'Encausse.
Michel
Tétu et Réjean Beaudin, L'Action nationale (Québec), mai
1999.