A la rencontre des premiers occupants de Mayotte
A LA RENCONTRE DES PREMIERS OCCUPANTS DE MAYOTTE
IMPLANTATION DES MALGACHES DANS L'ILE
Si vous demandez aux jeunes Mahorais
pourquoi certains dialectes de Madagascar ne sont utilisés qu'à
Mayotte et non pas dans les trois autres îles de l'archipel, la réponse
sera inévitablement « à cause des incursions de pirates
Zana Malata». D'autres attribueront ce particularisme à l'arrivée
d'Andriantsoly et de ses partisans à Mayotte.
Différents
auteurs, et non des moindres, réfutent pourtant ces deux théories
et s'opposent par la même occasion à la tradition commune des lettrés
locaux qui ne voient dans les « Wabushi » que des immigrés
récents. Ainsi Jean-Claude Hébert, l'historien bien connu des
Mahorais, développe ainsi son argumentaire « Les Malata ces
pirates malgaches venus razzier Mayotte ainsi que les autres îles Comores
de 1792 à 1817, et venus pour l'essentiel de leurs troupes de la côte
Est malgache, n'emmenaient pas de femmes avec eux et n'avaient nul désir
de s'installer dans l'île... Ces pirates n'ont pu, en conséquence,
laisser de traces manifestes. Ils n'en ont laissé ni à Anjouan,
ni à la Grande Comores, et l'on voit mal pourquoi il en aurait été
différemment à Mayotte. Même s'ils ont eu des enfants naturels
sur place, ces derniers n'ont pas pu connaître leur père, et l'on
ne comprendrait pas comment, dans de telles conditions ils auraient pu apprendre
la langue shi-bushi. Il faut donc se rendre à l'évidence : il
existait une population shi-bushi (sic) avant les invasions malgaches aux Comores
et avant l'arrivée d'Andriantsoly. Peut-être même, ce dernier
a-t-il choisi de se réfugier à Mayotte plutôt que dans l'une
des trois autres îles parce qu'il savait y trouver des congénères
malgaches capables de le bien accueillir, principalement dans le milieu antalaotsy
».
La même argumentation est valable, selon l'auteur, au sujet des partisans
sakalava d'Andriantsoly qui ont dû prendre des femmes mahoraises en arrivant
à Mayotte et se sont fondus dans la population en place. Leurs enfants
n'ont pu, selon toute logique, former la population Mbushi.
On ne doit pas non plus oublier que les razzias malgaches -la tradition retient
d'ailleurs qu'il s'agissait de Betsimisaraka et de métis portugais/sakalava
concernaient aussi la Grande Comore et l'île d'Anjouan. Cette dernière
est certainement celle qui en a le plus souffert. La grande cité de Domoni,
ancienne capitale des sultans, était la clé de la côte orientale.
Dans une position très forte c'est elle qui défendait Anjouan
contre les incursions des guerriers malgaches. En cas d'alerte, dès que
les pirogues de l'ennemi étaient en vue, les gens battaient le tambour
de guerre. A ce signal: les bouviers et les bergers des environs venaient abriter
leurs personnes et leurs troupeaux dans la vaste enceinte de la cité
protectrice. Détruite en 1790, il ne reste plus de l'ancienne splendeur
de Domoni que des mosquées en ruines et quelques nobles demeures délabrées.
En 1805, toujours à Anjouan, les pirates envahissent Iconi après
des combats de plusieurs jours. Le fameux Karibangwe, un personnage
entré dans la légende, extermine à lui seul trente-huit
assaillants avant d'être tué à son tour. Les femmes de la
ville, réfugiées sur le cratère voisin, se jettent du haut
de la falaise dans la mer, pour ne pas être emmenées en esclavage.
A Mohéli, c'est
l'histoire de la royauté qui est fortement liée à celle
de Madagascar, parce que l'île
a eu une dynastie régnante originaire de la Grande île. La tradition
retient également que certains villages sont d'origine malgache. Et pourtant
on ne trouve pas dans cette île de locuteurs malgachophones.
Après le décès survenu le 28 iuillet 1828 du roi de Madagascar,
Radama 1er, les intrigues de cour évincèrent le prince Rakoto,
neveu du défunt, au profit de la première femme de Radama qui
prit le nom de Ranavalona. Cet événement fut suivi du massacre
systématique de la parentèle du souverain défunt. L'un
de ses cousins Ramanetaka parvint à échapper au carnage et on
le retrouve occupant le trône du sultanat de Mohéli en 1833 et
sous le nom de sultan Abderrahman à partir de 1835.
La tradition rapporte que quelques mois avant sa mort survenue en mars 1841,
Ramanetaka fit reconnaître comme son successeur, sa première fille
qui avait à la fois un prénom malgache malgache, Soudi,
et un prénom arabe, Fatima. Djoumba, princesse Fatima
inspira une littérature abondante du fait de son étonnante personnalité,
perpétuellement tiraillée entre les influences fançaise
et arabe. Un comportement étrange, aux dires de ses contemporains que
d'aucuns n'hésitaient pas à qualifier de cas pathologique ou de
duplicité. Pour d'autres ce n'était là que « sensiblerie
capricieuse de femme ".
(Cf Jean Martin - Comores quatre îles...)
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