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Des origines Indonesiennes pour les mahorais?

Dernière modification le : Dimanche 13 Avril 2008 à 18:40:04.

Une histoire liée autant à la France qu'à Madagascar ou qu'aux îles soeurs des Comores ou aux pays africains tout proches. Africaine, certes, mais avec des influences arabes tout autant qu'occidentales. Mayotte, c'est également une culture et des traditions, au carrefour des cultures africaines et arabes teintées d'Orient. Aujourd'hui, la production artistique reflète encore ce passé en s'en inspirant.

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Des origines Indonesiennes pour les mahorais?

DE SOLIDES ASSISES POUR LA THÈSE INDONESIENNE

L'OPINION DES EUROPEENS..

Il ne peut être question dans cette partie du monde -tant les mouvements de population ont été divers- de traiter Mayotte sans y introduire les autres îles de l'archipel et aussi Madagascar.
Le premier Européen qui a écrit un ouvrage sur l'archipel des Comores, nous l'avons vu, est Alfred Gevrey,
Pour l'historien, R. Kent, dont les ouvrages ont été publiés en 1968 dans JOURNAL OF AFRICA HISTORY les régions Ouest de l'océan Indien -c'est à dire la côte de Madagascar tournée vers le canai de Mozambique- et l'Est africain, à savoir tout le littoral qui s'étend de Mogadiscio à Sofala en passant par Pate, Mombasa, Dar-es-Salam et le cap Delgado, ont connu d'abord des vagues migratoires parties de l'Asie à partir du Vè siècle. La grande arrivée des Bantous en fera un univers afro-indonésien qui aboutira à ce que l'historien nomme The Afromalagasy race, « qui n'était pas un groupe homogène mais comprenait des extrêmes africains et indonésiens et tous les degrés de mélanges possibles ». Il y eut ensuite d'autres apports ethniques : éléments arabes, persans, africains, indiens du Gujerat dans un mouvement de va-et-vient incessant, les preuves d'influences ethnographiques existant.
Les convictions de Kent sont partagées par un certain nombre d'historiens et anthropologues dont Claude Allibert qui, à priori, n'en réfute pas les données. Lors d'une réception organisée en son honneur à Paris, en décembre 1991, par l'Association pour Mayotte française, il eut l'occasion d'exprimer son point de vue à la lumière des études anthropologiques et culturelles entreprises en 1970 et aussi des fouilles archéologiques qu'il a effectuées sur plusieurs sites de Mayotte. Les résultats de ces différents travaux
font admettre (avec quelques réserves) les apports de populations venues de l'Asie du sud-est (Bornéo, Sumatra, Java) à partir du Vème siècle, qui auraient rencontré trois ou quatre siècles plus tard des populations bantoues et seraient donc à l'origine du peuplement des Comores.
Les Bantous arrivèrent à Mayotte dans une période située approximativement entre le IXè et le XIè siècle, qui correspond à celle de la datation des poteries découvertes dans les sites de Majicavo, Agnoudrou et le vieux Dembéni.
Leurs particularités ? Elles sont semblables à celles qui ont été découvertes sur la côte nord-ouest de Madagascar et à Pemba, une île qui se trouve au nord de Zanzibar.
Quoi qu'il en soit la circulation des hommes et les échanges devaient être intenses dès le VIllè siècle, puisque l'on a découvert à Mayotte du verre de Perse et des poteries de Chine, du Moyen-Orient et de Madagascar dont la datation, avec une marge d'erreur minime, remonte à cette époque.
Jean-Claude Hébert, l'historien bien connu des Mahorais, cite les travaux du linguiste Pierre Simon qui a lancé l'hypothèse que le « paléomalgache », comme il le dénomme, aurait pu se former à Mayotte où le fond dominant de la population en place aurait été d'origine indonésienne lorsque les premiers locuteurs bantous arrivèrent.
Il en déduit que si les Bantous arrivèrent à Mayotte vers le Xè siècle et que le métissage indonésien-bantou se soit fait à la même période c'est que les populations asiatiques s'y trouvaient déjà.
L'historien se prononce aussi pour une possibilité que les locuteurs malgaches de Mayotte, Wabushi et Antalaotsy, soient les descendants de ces purs aborigènes venus d'Indonésie, Et d'ajouter : « Toutes les thèses plus ou moins contradictoires, doivent être examinées avec soin, pour déceler s'il en est encore temps, vu le melting-pot de l'île, le puzzle initial du peuplement de l'île ".
Un linguiste norvégien, Otto Christian Dahl, lors de son séjour cri tant que missionnaire à Madagascar, a émis l'hypothèse lors de ses recherches sur la voie de migration suivie par les Proto-Malgaches, que la vague indonésienne qui a peuplé la Grande Ile est venue par le nord-ouest, c'est à dire l'archipel des Comores pour aboutir sur les rivages nord-ouest de Madagascar. Ces Indonésiens auraient vraisemblablement transité par la côte africaine.
L'archéologue Pierre Vérin, professeur à l'INALCO, auteur de plusieurs ouvrages dont Asian perspectives et Histoire ancienne du nord-ouest de Madagascar, qui, le premier, a entrepris une comparaison entre l'archéologie du nord-ouest de Madagascar et celle de la côte est de l'Afrique, envisage deux principales migrations : une première qu'il nomme « paléo-indonésienne » plus métissée que ne le sera celle qui la suivra immédiatement, vers Madagascar, avec des populations apparentées aux Javanais. La seconde importante migration aurait été celle des Néo-Indonésiens. Si l'incertitude demeure en ce qui concerne le point de départ on admet, malgré quelques réserves formulées par certains auteurs , sur le métissage afro-asiatique à la côte africaine, qu'il y a eu des migrations indonésiennes dès le lexème siècle ou le Veine siècle vers les Comores. Donc bien avant les périodes bantou, arabe, shirazi ou européenne.

L'OPINION DES GEOGRAPHES ORIENTAUX

Longtemps les savants européens se sont évertués à découvrir l'origine du nom « Comores ". Ils ont fait le rapprochement avec les monts Qomr, « les montagnes de la lune » en Afrique orientale, et aussi avec le nom de la colombe, qumri d'après sa couleur cendrée, ou encore le parfum de la feuille de bétel, komari, que l'on trouve sur ses rivages. En définitive, l'île Qomr serait celle où les indigènes ont « un visage, un teint clair ". par rapport au teint « noir » des Swahilis ou des Yéménites.
Les Arabes, au Moyen-âge, connaissaient déjà la côte orientale de l'Afrique que leurs navires longeaient jusqu'à l'extrémité de Sofala pour les besoins du commerce, mais leurs géographes étaient victimes d'imprécisions géographiques conduisant à la confusion des îles Comores avec Madagascar mais aussi de celles-ci avec l'archipel malais. Ce fait est confirmé par le tracé des cartes d'un célèbre géographe arabe du XlIème siècle, Abu Abd Allah Muhammad al Idrisi dont les cartes serviront de base aux travaux ultérieurs.
De l'analyse que fait G. Ferrand des auteurs arabes, il ressort qu'il ne peut y avoir sous le vocable Komr que Madagascar et que sa population avait été colonisée depuis le XIlème siècle par des immigrants venus de Sumatra qui y avaient! introduit leur langue, dont dérive le malgache. Son opinion est que s'il existe entre l'Asie et Madagascar et même l'Afrique orientale une communauté de termes pour les désigner (Khmer et Komr) c'est simplement parce qu'il s'agit de part et d'autre, de la même population qui aurait émigré d'un continent vers l'autre. La description de différents endroits, de continents différents sous le même vocable signifierait donc une occupation de ces lieux par la même population.
Dans l'extrait L Vl d'Ibn Saïd, la confusion entre le Komr africain et le Komr d'Extrême Orient (Khmer), apparaît nettement. Ferrand voit là l'origine des difficultés auxquelles se heurtent les auteurs travaillant sur des textes anciens.