|
L'affaire avait fait grand bruit à l'époque. Les médias français, en manque d'actualité, en avaient même fait leur une. Le 13 août 2007 à l'aube, alors qu'il s'apprêtait à accoster sur la plage de Moya, située entre deux falaises en Petite Terre, un kwassa qui était parti douze heures plus tôt de la plage de Bambao Mtsanga à Anjouan, était renversé par deux grosses vagues. Le bilan de ce naufrage est l'un des plus lourds recensés ces dernières années. Ce jour-là, 17 personnes sont mortes –dont un bébé et un enfant de 8 ans-, et vingt autres ont été portées disparus. La plupart étaient originaires de la Grande-Comore. Seuls six rescapés connus –l'embarcation comptait officiellement 42 passagers- avaient pu regagner la terre ferme. Partis le 12 août (en pleine saison des alizés) en début d'après-midi de Bambao, ce kwassa était chargé à plein. Dans le mensuel comorien Kashkazi (numéro du mois de septembre 2007), un des rescapés racontait ainsi la traversée. "Nous étions 38 [en fait 42, ndlr], parmi lesquels plusieurs enfants. Je me souviens d'un bébé de trois mois, et de trois enfants de 7, 8 et 9 ans environ. Avant le départ, j'ai dit au passeur que nous étions trop nombreux, mais des femmes m'ont dit de me taire ; il fallait partir, elles étaient pressées. La météo était bonne. La mer aussi. La traversée a duré toute la nuit. Mais quand on est arrivé au large de la Petite Terre, il y a eu de grosses vagues. Nous étions encore assez loin de la plage. L'une d'elles est tombée directement dans le bateau qui s'est renversé. D'autres vagues nous ont tous séparés. J'ai entendu des cris dans l'eau. J'ai nagé. Puis j'ai trouvé un jerrican sur lequel je me suis appuyé." Selon Ali Ahamadi, le passeur jugé mercredi par le Tribunal de première instance (TPI) de Mamoudzou, "le ciel commençait à s'éclaircir quand deux vagues, l'une par l'arrière, l'autre par l'avant, ont fait se retourner la barque. Nous sommes tous tombés à l'eau. Nous n'étions pas loin de la terre, à cent mètre environ, mais le courant nous entraînait vers le large." Arrivés sur la plage, les quelques rescapés dont Ali Ahamadi et le principal pilote ont fui. Deux d'entre eux ont cependant donné l'alerte. Mais pas Ali Ahamadi, selon les témoins. "Quand je suis arrivé", expliquait le rescapé dans Kashkazi en septembre, "nous étions quatre à nous en être sortis, dont une femme. J'ai vu un gardien et je l'ai appelé. Je lui ai dit qu'un kwassa avait coulé au large et il a prévenu la police. Moi je suis parti me cacher sur les hauteurs." Huit mois après ce sinistre, l'un des deux passeurs, Ali Ahamadi, a été condamné mercredi 28 mai par le Tribunal de première instance (TPI) de Mamoudzou à sept ans de prison ferme et dix ans d'interdiction de territoire français – les mêmes sanctions que celle requises par le procureur, M. Rognoni. L'autre passeur a lui fui de Mayotte avant d'être arrêté. A l'audience, Ali Ahamadi a nié être responsable de ce naufrage. "Je n'était pas le pilote. Je devais me rendre à Mayotte car j'étais malade et je voulais me faire soigner. J'ai négocié avec le propriétaire pour traverser à un prix moins cher en aidant le pilote. Mais je ne m'occupais de rien. Je prenais la barre de temps en temps. Je ne suis pas le responsable, et ce n'est pas moi qui tenais la barre lors du naufrage." Une défense qui n'a pas convaincu le tribunal, d'autant que l'homme est un récidiviste – "un passeur professionnel" selon les termes du procureur. Ali Ahamadi avait en effet été condamné à deux reprises, en février et octobre 2006, pour avoir aidé des "étrangers" à pénétrer sur le territoire mahorais clandestinement, en conduisant des kwassa. VM |