Convivialité à la comorienne... Eric Trannois - Novembre 1999 Voulé chez Hassan Dimanche après-midi... Chacun a fait les fonds de tiroir : un peu de rhum arrangé de Dany, un fond de pastis de "Camarade", quelques Castle d'on ne sait trop qui... le "Gandia", le tchembo... tout est réuni pour finir l'après-midi à quatre pattes... Ce qui ne manquera pas d'arriver à certains d'entre eux... Le tchembo, c'est un alcool de palme dont l'odeur rappelle irrésistiblement à celle du vomi... appétissant en diable! Pour le fabriquer, on fixe un récipient, autrefois fait de feuilles de coco tressées mais remplacé maintenant le plus souvent par une bouteille d'eau minérale en plastique coupée, en haut du tronc du cocotier. Il recueille la sève de l'arbre qu'on laisse fermenter. Cette même mixture, laissée en macération pendant plusieurs mois est aussi utilisée comme médicament contre le "mal au ventre", selon Boura... On en donne égalemetn aux enfants, ce qui laisse supposer que tout alcool s'est évaporé, d'autant que ce remède serait aussi consommé par les musulmans qui respectent l'abstinence d'alcool. Le banga d'Hassan est construit dans une cour. En fait, il s'agit d'une construction en tôle de trois ou quatre mètres sur deux mètres cinquante, plus proche dans l'aspect extérieur de la cabane de jardin que de la résidence secondaire. Le lit occupe le fond de l'unique pièce. C'est le seul "meuble". Les murs sont tapissés de cartons ondulés rendus moins tristes par quelques pages du catalogue de la Redoute (pages mode féminine, évidemment...). Généralement, le voulé se passe plutôt dans la cour qui offre quand même plus d'espace. Mais aujourd'hui, bizarement et pour d'obscures raisons qui m'échappent, l'option "intérieur" a été retenue, aussi la quinzaine de participants s'est entassée dans l'espace resté libre. Le repas sera, fort heureusement, préparé à l'extérieur. Le menu n'offre aucune surprise : mabawa (ailes de poulet), bananes et maniocs grillés. Au niveau liquide, Hassan et sa "bande" ont un certain art du mélange, même si certains le trouvent discutable : pastis-vin rouge par exemple (et quel vin rouge!), ou mieux encore : pastis, vin rouge, tchembo. Il faut essayer ça au moins une fois dans sa vie... Certains y résistent... Hassane est comorien, sans papiers, comme la plupart de ses amis. Ils font partie de cette communauté qui compte plusieurs dizaines de milliers de membres à Mayotte, vivant de petits boulots, du m'kara-kara, qu'on appelle chez nous le système "D". Au-dessus de leur tête, une épée de Damoclès : se faire prendre au cours d'un contrôle de papiers. Ils sont alors "reconduits à la frontière", c'est-à-dire vers le premier bateau en partance pour Anjouan. On ne leur laissera alors pas même le temps d'emporter leurs maigres affaires. Arrivés à Anjouan, ils n'auront qu'une seule idée en tête : revenir à Mayotte. Il leur faut alors réunir la somme nécessaire au passage (environ 75 €) et à trouver un "kwassa-kwassa". Généralement, ils sont de retour moins d'une semaine plus tard... On peut s'étonner que des comoriens, musulmans, consomment de l'alcool, dans des proportions parfois non négligeables. Cela ne les empêche pas de rester croyants : ils ont simplement pris de la distance avec certains préceptes religieux. Ils sont malgré tout mal vus par les "Djaoulas", nom donnés aux pratiquants très respectueux de la religion et de ses lois. Les deux "philosophies" cohabitent sans heurts. Les comoriens n'ont pas pour habitude de s'immiscer dans la vie de leurs contemporains...
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