Ambiguité des rapports entre Mayotte et les Comores
L'archipel des Comores s'articule
principalement autour de trois Iles : Grande Comore (Ngazindja), Anjouan et
Mayotte. Trois iles historiquement et géographiqment soeurs. La quatrième,
Moëli, trop petite, ne semble pas intéresser grand-monde. Trois
iles, trois objectifs radicalement opposés. Moroni, capitale théorique
de cet ensemble se bat pour retrouver sa suprématie sur un ensemble qui
se désagrège, tout en restant embourbée dans un climat
politique de corruption et d'incompétence. Anjouan qui continue de revendiquer
son "indépendance", sans grand réalisme, mais avec beaucoup
de détermination et Mayotte qui réaffirme son "attachement"
à la France. Dans la même semaine, manifestation anti-française
au succès mitigé à Moroni (une centaine de personnes),
polémiques autour de l'organisation de Miss Comores, manifestation typiquement
occidentale, consultation à Mayotte qui donne un "OUI" massif
à la France et encore un ultimatum de l'OUA à Anjouan. Chacune
des trois îles se regarde le nombril, se concentrant sur ses propres problèmes.
Un même manque de réalisme dans chacun des trois camps. Mayotte
ne rêve que départementalisation et milliards venus de France et
d'Europe, pensant peut-être pouvoir prospérer seule en regardant
ses soeurs se débattre dans leurs problèmes sans fin, attisant
convoitise et jalousie.
La seule question qui vaille aujourd'hui
est : "quand tous ces gens vont-ils se décider à se mettre
autour d'une table et discuter sereinement, honnêtement à l'avenir
de l'archipel qui n'a d'autre perspective que d'envisager un développement
global?" Croire que Mayotte pourra rester un îlot de richesse (artificielle)
est illusoire. Penser qu'Anjouan peut poursuivre longtemps son aventure solitaire
est illusoire. Que Moroni persiste à vouloir imposer son hégémonie
sur l'ensemble de l'archipel (y compris Mayotte) est illusoire. L'avenir de
la région passe nécessairement par un traitement global de la
situation, mais un traitement global né-go-cié. Les discussions
en cours pour la redéfinition d'un "nouvel ensemble comorien"
peuvent contenir une partie de la solution si chaque île y retrouve son
compte et n'a plus l'impression d'être colonisée par Moroni.
Le rôle de l'O.U.A. n'est
pas simple. Et surtout, on se demande jusqu'à quel point elle a une réelle
volonté de résoudre les problèmes. Ainsi, pendant l'été
2000, alors que les trois îles étaient en train de se mettre d'accord
et de signer les accords de Fomboni sur la mise en place du processus de redéfinition
de l'ensemble comorien, elle s'est prononcée contre ces accords!
Des voix se font entendre à
Moroni, et même en métropole au sein de la diaspora comorienne,
fustigeant la France qui leur sert alors de bouc émissaire. Est-ce bien
raisonable? Sans nier la part de responsabilité qui incombe à
Paris dans le problème comorien, ne vaudrait-il pas mieux tenter de faire
en sorte que l'aide de la France se porte sur les quatre îles afin qu'elles
sortent enfin, toutes les quatre, de l'impasse dans laquelle les a conduites
leurs égoïsmes réciproques? Ne vaudrait-il pas mieux que
les nombreux étudiants Comoriens, à Paris, à Marseille,
saisissent la chance qui leur est offerte de ramener chez eux compétence
et savoir-faire plutôt que d'organiser des manifestations confidentielles
qui n'arriveront pas à toucher un public français, bien loin de
leurs préoccupations auxquelles il ne comprend rien et dont l'intérêt
lui échappe...
Eric Trannois
|