Tsingoni, l'avant-gardiste
 Les
empreintes des murailles qui la fortifiaient sont quasiment invisibles,
mais ses tombeaux de toutes formes attestent de son passé religieux.
A l'image de sa mosquée, l'une des plus vieilles de l'île,
sur laquelle se sont greffés un fier minaret et un vaste patio
ouvragé, Tsingoni la nouvelle se superpose à Chingoni
l'ancienne, glorifiant son passé tout en effaçant ses
traces. Perchée sur un sommet abrupt dominant la mer, la capitale
politique du XVIème siècle a gardé, même
après le départ du sultan pour Dzaoudzi vers 1790, son
autorité religieuse, et tient une place primordiale dans la
tradition orale et les textes anciens. Le mythe et l'histoire de l'arrivée
des Chiraziens, ces Arabes qui ont apporté l'Islam à
Mayotte, lui sont étroitement liés. L'aristocratie arabisée
qui entourait les sultans a donné naissance à quelques
familles instruites, dynamiques, qui ont su tirer parti de la présence
de la société agricole Bambao, tout en conservant la
science du Coran. C'est Tsingoni qui a vu naître tous les cheiks
de Mayotte, c'est en son sein qu'ont été formés
les premiers imams des villages. Mais son rôle précurseur
ne s'est pas limité à la religion. Il y a bientôt
vingt ans, Zoubert Adinani, premier maire de la commune, se lançait
avec les moyens du bord dans un programme d'aménagement global
et moderne. La lune et l'étoile de l'un des plus beaux minarets
de l'île se découpent aujourd'hui au?dessus d'un village
à l'allure relativement prospère, aménagé
confortablement et pourvu de nombreuses places publiques. Le village
a également été un pionnier dans le domaine de
l'animation culturelle et sportive et dispose aujourd'hui d'une radio
communale. A marcher dans ses rues, on ne sent pas que le poids de
l'Histoire et de la spiritualité. Longtemps à l'avant?garde,
la cité conserve une longueur d'avance sur la plupart des villages
mahorais. A présent, le rôle de ses Cheiks est en déclin,
et Tsingoni est plus occupée à tenter de se développer
harmonieusement qu'à avoir une influence sur le reste de l'île.
La cité n'en demeure pas moins un site archéologique
de valeur et un point de repère précieux pour l'Histoire
et la culture, musulmanes ou profanes.
Le berceau de l'Islam mahorais
Tsingoni, berceau de l'Islam mahorais,
a reçu son nom d'une sorcière. Le jeune Badirou Abdou
a tendu l'oreille vers les anciens et recueilli la légende
de son village. La voici : il y a très longtemps, deux princes
sont arrivées à Mayotte. L'aînée s'appelait
Mam'kwalé ; la cadette, Mam'Tsingo, était une sorcière.
Les deux sœurs et leurs gens créèrent un village.
Kwalé était né. Mais bientôt, la jalousie
s'empara de Mam'Kwalé. A chaque fois que quelqu'un désirait
une chose ou se trouvait devant un problème, il courait voir
la sorcière qui lui apportait des solutions.

Lassée de voir que les habitants faisaient
d'avantage confiance à sa petite sœur qu'à elle,
qui avait donné son nom au village, Mam’Kwalé
finit un soir par chasser sa cadette. Mam'Tsingo décida de
suivre la direction du soleil couchant jusqu'à ce que le
coq chante. Là où elle entendit l'animal chanter,
elle s'arrêta pour construire son propre village.
Aujourd'hui encore, cet endroit s'appelle zerari jou, qui signifie
carrefour ou rond?point, mais il n'est plus habité. Mam'Tsingo
bâtit le village de Tsingoni et des gens de Kwalé se
précipitèrent vers elle. Le village grandit, grandit...
jusqu’au jour où un navire s'approcha de la côte.
Résolus à réparer leur mât, qui s'était
cassé en mer, le capitaine, son équipage et leurs
passagers accostèrent dans la, baie de Tsingoni puis remontèrent
la pente vers les terres, avant d'apercevoir les fumées qui
montaient du village. Les maisons et la population qu'ils découvrirent
alors durent leur être agréables, puisqu'ils décidèrent
de s'installer sur place au lieu de poursuivre leur route. D'ailleurs,
leur chef épousa Mam'Tsingo. C’était un mwarabu,
un musulman, tout comme ses compagnons. Les premiers musulmans de
Mayotte... Le nouveau chef prit le relais de la princesse pour diriger
le village et introduisit le Coran. Des shio, écoles coraniques,
furent ouvertes et des gens de toute l'île tirent le déplacement
pour les fréquenter.
C'est ici que la légende rencontre l'Histoire...
Car si Tsingoni n'est pas le second village d’une île
jusqu'alors inhabitée, comme le prétend sa tradition
orale, elle a bel et bien été des siècles durant
le point d’ancrage de la foi musulmane mahoraise. Liée
au pouvoir politique, l'autorité religieuse appartenait au
sultan et à son entourage, un gouvernement aristocrate tique
et arabisé. Jusqu'au siècle dentier, les mêmes
personnages ont incarné l'histoire politique et religieuse
de Mayotte. L'un des plus importants d'entre eux, le sultan Issa,
est considéré comme le propagateur de l'Islam sur
l'île.
Selon les auteurs de manuscrits arabes et les traditions
orales, ce serait lui le mwarabu qui, arrivé en boutre, aurait
épousé Mam'Tsingo. Ou bien, toujours venu en boutre
"du pays de Shirazi", il s'installa à M'tsamboro,
première capitale de Mayotte, construisit la mosquée
de Tsingoni, puis partit à Domoni, sur l'île d’Anjouan,
où il construisit également une mosquée. Ce
qui expliquerait les similitudes entre les mirhâb (niches
arrondies) des deux sites. Autre version encore: Sultan Issa serait
le petit-fils du premier shiraziens de Mayotte et de la fille du
seigneur de M'tsamboro. Toujours est?il que Tsingoni abrite son
tombeau qui constitue, avec la mosquée qu'il a bâtie
au XVIe siècle, l'un des signes tangibles de l'arrivée
des Chiraziens (Arabes venus de Perse s'installer aux Comores au
XVIe siècle, selon la tradition orale et les chroniques)
et des débuts de l'Islam à Mayotte.
Zoubert Adinani, ancien maire du village et descendant
de cette dynastie de sultans, est le premier à avoir exercé
un pouvoir politique, mais non religieux. Son propre père,
cheik Adinani, dirigeait le village et a traduit et interprété
des manuscrits arabes qui ont servi aux travaux d’historiens.
Il y a quelques décennies seulement, Tsingoni jouait encore
un rôle majeur dans la pratique des rites religieux. "Quand
j'étais jeune, les gens venaient demander à mon père
l'autorisation défaire la prière du vendredi dans
leur village', raconte Zoubert. "Il gardait deux ou trois responsables
du village auprès de lui pendant un mois pour leur apprendre.
Ensuite, il envoyait des responsables de Tsingoni dans le village
concerné un certain temps, pour organiser la prière.
" A la mort du cheik, son jeune frère a pris sa succession.
Tous deux sont aujourd'hui enterrés près de leur père,
dans les tombes rectangulaires qui font face à la varangue
(le la mosquée, à la demande de la communauté
religieuse. Selon Zoubert, le tombeau plus ancien, à leurs
côtés, est celui du Sultan Issa, tandis que d'autres
affirment que le Sultan repose à l'extérieur du village,
dans le monument protégé par ?une construction moderne.
A présent, c'est cheik Mahamouda Mela, le dernier de la fratrie,
qui assume les responsabilités religieuses de la capitale
musulmane. Son rôle n'est plus aussi important que celui de
ses aînés : chaque village a maintenant sa mosquée
du vendredi et ses responsables' capables d'accomplir les rites.
Malgré cela, tous les cheiks, ces chefs qui font autorité
parmi les musulmans, ont toujours été de Tsingoni.
Jusqu'à présent, la fonction était héréditaire.
Qui prendra la suite de cheik Maharnouda Mela?
Lisa
Giachino
La mosquée d'Issa métamorphosée
La mosquée de Tsingoni, vraisemblablement
construite au XVIème siècle par le Sultan Issa, est
l'un dés rares sites archéologiques mahorais encore
actifs : modifiée, modernisée, agrandie, elle est
toujours fréquentée. C'est aussi la première
mosquée en pierres de l'île. A l'origine, seule la
partie la plus simple, blanche, existait. Le plan initial était
de 12 mètres sur 10.

Le mirhâb (niche arrondie) est le plus intéressant
de l'île par ses dimensions, son architecture et son ornementation.
La façade, de "style flûté", décorée
de lignes, de plaques et de bandeaux géométriques
avec des parties en relief est exceptionnelle à Mayotte mais
identique à celle de Domoni (Anjouan), attribuée également
aux Chiraziens. Devant la mosquée, des tombes chiraziennes,
petites maisons au toit pyramidal garni de coraux, commémorent
les fondateurs de la cité. Mais la beauté de la mosquée
vient du mélange entre son ancienne simplicité et
son minaret spectaculaire, réalisé à partir
de 1986, en même temps que la réfection du bâtiment,
la construction d'un 'grand patio ouvragé précédé
d'une varangue et la transformation d'une citeme d'eau en salle
de prière pour les femmes. "Dans les années 80,
seul le bâtiment blanc existait", se souvient Zoubert
Adzinani. "Il était en très mauvais état.
C'était une charpente, des tôles, du sable et des nattes
à l'intérieur avec deux grand bacs pour les ablutions.
Il y avait aussi un petit minaret. "Comme l'ensemble du village,
la mosquée nouvelle se superpose à l'ancienne, magnifiant
le passé tout en effaçant ses traces.
Les douze travaux de Zoubert

Une collection
de places ombragées et de bancs abrités, des rues
plutôt propres, des éclairages publics, une mairie
à l'architecture étudiée et un minaret qui
fait l'admiration de toute l'île... Tsingoni a des allures
de cité prospère. Richesse héritée de
son passé de capitale ? Sans être dépositaire
d'une véritable fortune, le village a su tirer parti de ses
acquis. D'abord, des terres fertiles, longtemps exploitées
par une entreprise florissante. La société coloniale
Bambao, basée à Combani, après avoir fait travailler
les hommes du village dans les champs de canne à sucre, de
coprah, de café, de kitani et d'ylang ylang, leur a cédé
des parcelles qui nourrissent aujourd'hui les familles. "Si
le village a hérité d'une richesse, elle est agricole",
estime ainsi Mohamed Ali Daniel, responsable des services techniques
et natif de Tsingoni. "Tous les gens ici ont des terres
et cultivent, ils n'achètent pas. A côté, Mroalé
et Combani ont été construits par des Anjouanais et
des Grand-Comoriens venus travailler pour la société.
Mais à Tsingoni aussi, on était embauchés par
la Bambao. "
Second héritage : le prestige spirituel
de Tsingoni et l'ancienneté de sa mosquée, qui ont
permis de mobiliser volontés et financements pour des travaux
d'aménagement.
Enfin, et c'est sa plus grande richesse : ses hommes. Le passé
de capitale politique et religieuse du village lui a permis d’abriter
des familles aisées, instruites, qui ont participé
à son développement.
Parmi elles, Zoubert Adinani, le premier maire de la commune de
1977 à 1995, a marqué le visage de Tsingoni. Propriétaire
terrien grâce à la Bambao, descendant d'une lignée
de chefs religieux, homme politique d'envergure, il a été
député des Comores et de Mayotte, il est à
lui seul la synthèse de l'histoire de son village. En homme
habile, il su jouer de ses propres qualités et il a su de
sa cité pour construire le "Tsingoni de demain",
un programme réalisé grâce à une bonne
dose de débrouillardise, un talent de séduction certain
et de l'imagination. Zoubert Adinani fit si bien que Tsingoni bénéficia
de l'une des premières résorptions de l'habitat insalubre
(RHI), de l'une des premières mairies dignes de ce nom, reçut
l'électricité et l'eau potable avant tout le monde
en Grande Terre... Son programme d'aménagement global lancé
en 1986 faisait figure d'avant-garde et Tsingoni était considérée
comme une commune pilote. "C'est une question de gestion"
, assure l'ancien maire. "Il n'y avait alors pas de rue,
une seule route... Je voulais faire quelque chose. "On avait
juste une petite subvention de la Collectivité mais on a
pu faire des réalisations de base. Il a fallu décaser
pour aménager le quartier autour de la mosquée.. J'avais
une bonne équipe. Je leur ai dit: on doit entrer dans la
forêt pour couper du bois. On avait acheté un camion
pour la commune, on était là aussi les premiers, et
on allait couper du bois pour construire des maisons aux personnes
décasées. On a fait beaucoup de choses avec peu d'argent
Quand les services de l'administration passaient, ils voyaient ce
que je faisais et m'encadraient " Ses relations lui étaient
des plus utiles. "Dès qu'une personnalité
venait à Mayotte, j'étais averti et je l'invitais
à Tsingoni. Je, récupérais toujours quelque
chose. J'ai gagné une subvention pour la mosquée grâce
à l'aide des femmes du village", se souvient-il,
riant et plissant les yeux de malice. La société Bambao
fut elle aussi mise à contribution. "On a mis en place
des petites centrales électriques privées, une à
Combani et un groupe à Tsingoni. Bambao liquidait et j'étais
en très bon terme avec le directeur. Je lui ai demandé
: tu me commandes les groupes électrogènes, et c'est
toi qui paie les frais. Je les ai fait installer par son personnel,
et des gars ont appris à les entretenir A chaque fois, ça
s'est bien combiné... j’ai aussi récupéré
des moteurs inutilisés... On a mis en place l'adduction d'eau
que l'on captait au Mont Combani. Notre circuit est aujourd'hui
utilisé par le Syndicat des eaux. Je n'avais rien, je ne
savais rien, mais j'étais bien avec tout le monde. J'avais
des idées et je contactais les gens compétents, et
j'avais voyagé. Si j'avais une idée, je réunissais
les gens du village. "
L'une des dernières idées de Zoubert,
la construction d'une grande mairie, n'a pas fait tout de suite
l'unanimité. "Il y avait une dame qui préparait
son diplôme d'architecte et voulait faire un travail qui reste.
Je lui ai proposé de nous concevoir une mairie. Tout le monde
était contre le projet mais je l'ai envoyé à
tous les étudiants de Tsingoni en métropole pour qu'ils
me donnent leur avis et après avoir fait des modifications
j'ai communiqué le projet au Conseil général,
qui l'a trouvé trop cher Je ne voyais pas ça uniquement
comme la construction d'une mairie mais comme l'aménagement
de tout un quartier. " Des subventions de l'Etat et un emprunt
ont finalement financé les travaux.
Lorsque Zoubert Adinani quitte la mairie, en 1995,
les fondations du Tsingoni d'aujourd'hui sont posées. "Le
village actuel a été construit à partir de
1986 avec son dallage, sa voirie... Tsingoni est en avance par rapport
aux autres villages", estime Badirou Abdou, coordinateur
au sein de l'Office municipal de la jeunesse et des sports. La commune
s'est dotée en 1993 d'un service technique, qui compte aujourd'hui
deux cadres, "Si on avait suivi jusqu'au bout l'élan
de Zoubert, on serait encore plus en avance",, juge Mohamed
Ali Daniel, l'un des responsables. "Il était l'un,
des maires à voir loin, son programme pluriannuel voulait
faire de Tsingoni la vitrine de la commune," Si tout le
programme da pas été réalisé, il n'en
a pas moins laissé des bases solides qui rendent les opérations
d'aménagement d'aujourd'hui plus confortables. "Les
maisons sont alignées, elles ne sont pas construites n'importe
comment", indique Mohamed Ali Daniel. "Et puis,
avant les communes, les villages traditionnels avaient des sortes
de places publiques, qui ont disparu avec les RHI. C'est pour cela
qu'on a réfléchi à installer des endroits pour
les vieux." Aujourd'hui, des projets visent à étendre
le village vers l'ouest et le nord. "On veut créer des
lotissements mais avec un aménagement global, qui utilise
bien l'espace", explique Abdoul Kamardine, qui a rejoint récemment
le service technique. "Il faut penser aux constructions, aux
parkings mais aussi aux espaces publics, aux espaces verts. "
L'éventuelle installation d'un gymnase, dans la pente derrière
le foyer des jeunes, imposerait de transformer le quartier. Comme
au temps de Zoubert...
Li.G.
Tsingoni la capitale
"Lorsque les Chiraziens sont arrivés,
Tsingoni est devenue un pôle" raconte Badîrou
Abdou, "Le village s'est déplacé autour de la
mosquée Une muraille empêchait quiconque d'y entrer
sans passer par la porte principale, qui était surveillée.
Je me souviens des traces de la muraille, aujourd'hui dissimulées
par les maisons. Je pouvais les voir quand j'étais adolescent''
Autonome, la cité possédait également son port.
"Je me souviens qu'une fois un bateau a échoué,
mon père et d'autres habitants ont aidé à décharger
les sacs de riz avec de l'eau jusqu'au milieu du dos. Aujourd'hui,
cet endroit est aménagé et les traces ont disparu,',
Toujours selon Badirou Abdou, Tsingoni fut le premier pôle
administratif. "C'est là que l'Etat civil a démarré.
Tsingoni a été le premier grand canton de l'île.
Les pionniers du mouvement associatif
Un
carnaval populaire, une radio et un redoutable club de hand : l'aménagement
du Tsingoni moderne est allé de pair avec un dynamisme associatif
précoce qui porte encore ses fruits.
"Nous avons été les premiers, après Pamandzi
et Labattoir à construire un foyer dès jeunes, en
1977 ou 1978", indique Badirou Abdou, coordinateur à
l'Office municipal de la jeunesse et des sports, qui avait huit
ou neuf ans à l'époque. "On y faisait surtout
du théâtre. L’Ascoma, la première association
culturelle et sportive, a donné une forte impulsion. Une
bibliothèque a été mise en place, c'était
nouveau. Pour l'ouverture du foyer il y a eu une Semaine culturelle
avec des kermesses, chants, danses, de la musique, des courses de
pneus et en sacs de riz; un carnaval... On ne se déguisait
qu'avec du matériel de récupération. Je me
souviens d'un homme déguisé en femme mariée
et porté sur brouette poussée par un autre homme...
c'était vraiment fabuleux, les gens venaient au foyer à
tout moment".
L'idée du carnaval a été
reprise il y a quelques années par des jeunes du village,
qui se sont organisés en comité. "Ils voulaient
une activité qui mobilise plus de gens, faire vivre une animation
dans les rues. L'édition de 1999, la première, a mobilisé
70% de la population de Tsingoni. On commence d'en haut et on défile
jusqu'à l'entrée du village. Chacun récupère
ce qu'il a chez lui. Les jeunes qui participent au Carnaval des
enfants de Mayotte peuvent montrer aux gens du village ce qu'ils
ont préparé pour Mamoudzou. C'est une affaire qui
ne coûte rien mais qui est très riche", se félicite
Badirou Abdou.
Pilier de l'animation villageoise et communale, celui-ci est également
directeur des programme de Tsingoni FM (106.5). Depuis fin 2001,
une association émet en effet ses propres émissions,
animées par quatre Contrat emploi solidarité et de
bénévoles, et qui peuvent être captées
sur les trois quarts du territoire de l'île. Outre la musique,
les programmes pédagogiques y sont privilégiés,
avec notamment "Echo jeunesse", une antenne ouverte aux
enfants les vendredis après-midi et samedis matins. La matinée
de vendredi est réservée à la musique religieuse
et à la lecture du Coran. Surtout Tsingoni FM se veut une
radio de proximité qui permette à chacun, depuis sa
case, de savoir ce qu'il se passe dans la commune. 'Dès qu'il
y a une fête à l'école ou un événement
sportif de proximité, on les retransmet en direct à
la radio", explique Badirou Abdou. "Pour que les gens
qui ne sont pas surplace puissent vivre ce qu'il se passe dans le
village." Le projet, mené dans le cadre d'un Contrat
éducatif local soutenu par le département Jeunesse
et sports, a démarré avec de simples lecteurs CD et
cassettes et fonctionne aujourd'hui avec du matériel emprunté.
Le moteur de ce mouvement associatif a longtemps été
le sport et surtout le hand?ball, spécialité de Tsingoni
aussi bien chez les garçons que chez les filles. En effet,
depuis plusieurs saisons, les deux catégories réalisent
le doublé championnat coupe de Mayotte, sans parler des performances
des catégories de jeunes. Avec toutes les catégories
en lice, ASC Tsingoni est le club qui compte le plus de licenciés
de l'île.
Preuve de la solidité de son encadrement le club enregistre
chaque année le départ d'au moins quatre joueurs,
ce qui tic l'empêche pas (le puiser dans sa réserve
et de garder sort rang de champion. Cette saison cependant, on peut
dire que le bateau n'a pas pu arriver à quai Car, avec le
dernier départ du tireur Absoir, l'équipe vacille
un peu au niveau de ses résultats. Toutefois, d'autres meneurs
sont présents, notamment Anli Waro, tireur redouté
de l'équipe. ASC Tsingoni sera probablement 3ème ou
4ème du prochain classement. Une chose est sûre, le
club n'a pas dit son dernier mot quant à l'obtention d'un
titre saisonnier car la catégorie Excellence masculine est
qualifiée pour les demi?finales de la coupe de Mayotte contre
Sada, tout comme la catégorie de Pré?excellence qui
devra affronter ou Tsimkoura ou TCO.
Et si la finale opposait Tsingoni à Tsingoni ?
Ahmed
Attoumani et Li.G.
Tsingoni en bref
La commune de Tsingoni compte 7.779 habitants.
1791-1792 : Tsingoni, ravagée et incendiée par les Malgaches,
cesse d'être la capitale de l'île. Pour fuir les envahisseurs,
la plupart des insulaires vont s'établir sur Petite Terre et
le sultan Salim II transfère le siège du gouvernement
sur l'îlot de Dzaoudzi
Une vingtaine de monuments funéraires.
Aux tombeaux chiraziens et aux tombes rectangulaires situés près
de la mosquée, s'ajoutent deux mausolées construits à
l'entrée du village, : l'un est en ruine, l'autre, protégé
par une construction moderne, serait la tombe de Ha Mwarabu (c'est-à-dire
sultan Issa, le propagateur de l'Islam à Mayotte). Toujours à
l'extérieur de la cité, du côté nord en bordure
du lagon, et sur un petit promontoire, un monticule de pierre matérialise
la tombe de cheikh Faradji, frère de Mwarabu.
Les jeunes de Tsingoni fréquentent le collège
de M'tsangamouji, puis, pour la plupart, les lycées (le Sada
et Kahani. La majorité de la population active travaille à
Mamoudzou.
"Le village est isolé. en sécurité...
On est tranquilles, sauvés d'un certain nombre de choses. Tout
ne sera pas construit à Tsingoni. Ce n'est pas comme Combani,
où les voitures ne s'arrêtent jamais. Ici on peut tellement
bien vivre sans demander beaucoup de choses..."
Badirou
Abdou
"Si nous faisons un festin, nous réservons
un bœuf qui s'appelle bœuf des os. Le bœuf en question
est divisé en douze os dont six pour Tsingoni et six autres pour
tout le pays de Mayotte."
Interprétation du manuscrit de Mkadara Ben Mohamed, écrit
vers 1931-1932
"Chirazîens, bantous, sakalaves, washendzi...
chacun a enterré ses morts à sa manière."
Badirou
Abdou
Pour en savoir plus :
« Mayotte, Plaque tournante et microcosme de l'océan
Indien occidental », Claude Allibert, Anthropos, 1984
Répertoire des sites archéologiques de Mayotte,
Liszkowski Sham, 1997 Mayotte, sous la direction d'Olivier Gohin et
Pierre Maurice, Université de la Réunion, 1996
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Une
concentration de réverbères sans doute unique à
Mayotte... "C'est un endroit réservé aux activités
des villageois, pour qu'ils puissent jouer tard la nuît",
Indique-t-on au service technique. Les travaux du quartier Zidakani
n'étant pas terminés, les habitants ne se sont pas
pour l'instant approprié le lieu. |
Avec
leur petit balcon, elles font penser à des villas métropolitaines
de bord de mer, résidences secondaires pour vacanciers...
Les six maisons témoins, "modèle Tsingoni",
de la Sim, ont été construites en 1994 et 1995. |
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